La rentrée scolaire est désormais effective en Ituri et, dans plusieurs établissements, des dispositifs de prévention sanitaire ont été mis en place. Des séances de travail ont été organisées avec les chefs d’établissements et des consignes ont été données pour renforcer la vigilance. Mais sur le terrain, les réalités matérielles demeurent un véritable défi.
Dans certaines écoles à grands effectifs, un seul thermoflash doit parfois servir à contrôler l’ensemble de la communauté scolaire. Une situation qui interroge sur la capacité réelle des établissements à appliquer efficacement les mesures de surveillance face à l’ampleur des besoins.
La prévention ne peut pourtant pas reposer uniquement sur des instructions. Elle doit s’appuyer sur des moyens concrets et disponibles. Les écoles doivent disposer en quantité suffisante de thermoflashs, de dispositifs de lavage des mains, d’eau et de savon, mais aussi, lorsque cela est nécessaire, de produits adaptés à l’hygiène et à la désinfection. Dans un environnement où élèves, enseignants et autres membres du personnel se côtoient quotidiennement, ces équipements constituent un maillon essentiel de la prévention.
Autre préoccupation majeure : la gestion d’un éventuel cas suspect au sein d’un établissement. Quelques écoles disposent déjà de locaux aménagés pouvant accueillir temporairement une personne suspectée d’être infectée, en attendant son orientation vers les services sanitaires compétents. Mais cette capacité reste encore limitée. Il devient donc nécessaire d’accompagner davantage les établissements dans l’aménagement d’espaces appropriés, sécurisés et adaptés à ce type de situation.
À cela s’ajoute la question des ressources humaines. Les écoles publiques, notamment celles fonctionnant dans le cadre de la gratuité de l’enseignement, disposent généralement d’un personnel dimensionné pour répondre aux besoins pédagogiques ordinaires. En période d’épidémie, les exigences sont différentes. La surveillance sanitaire, la sensibilisation, l’identification des alertes et l’orientation des cas suspects nécessitent des compétences spécifiques.
Le recours temporaire à du personnel formé dans le domaine sanitaire pourrait ainsi contribuer à renforcer les établissements, sans faire reposer l’ensemble de la responsabilité de la riposte sur les enseignants. Ces derniers ont avant tout pour mission d’enseigner, même s’ils jouent naturellement un rôle important dans la prévention et la sensibilisation.
Au fond, les efforts consentis sont visibles et méritent d’être salués. Mais ils doivent être accompagnés de moyens à la hauteur des réalités du terrain. Une mesure sanitaire n’est véritablement efficace que lorsqu’elle peut être appliquée concrètement, régulièrement et dans de bonnes conditions.
Il faut donc renforcer les équipements, aménager des espaces adaptés et mobiliser, lorsque cela s’avère nécessaire, des compétences spécialisées. Car à l’école, l’enjeu ne doit pas seulement être de permettre la reprise des cours. Il est aussi de garantir aux enfants et à ceux qui les encadrent un environnement d’apprentissage aussi sûr que possible.
Chronique de Joël Heri Budjo
