Alors que les écoles rouvrent leurs portes pour une nouvelle année scolaire en République démocratique du Congo, l’Ituri doit composer avec une urgence particulière : comment assurer la rentrée tout en tenant compte de l’évolution de l’épidémie de maladie à virus Ebola ?
Le gouvernement a prévu une rentrée différenciée selon le niveau de risque sanitaire, à travers trois catégories de zones : verte, orange et rouge. Mais au-delà de cette classification, une question mérite d’être posée : les parents, les enseignants et les communautés savent-ils réellement dans quelle zone se trouve leur école et ce que cette classification implique ?
Le ministère de l’Éducation nationale précise que cette cartographie est provisoire et peut évoluer en fonction de la situation sanitaire. Cette précision est importante, car elle signifie que l’information doit elle aussi être régulièrement actualisée et largement diffusée.
La zone verte correspond aux espaces où aucun cas confirmé d’Ebola n’est enregistré. Les enseignements peuvent s’y dérouler normalement en présentiel, avec le maintien des mesures de prévention, de sensibilisation et de vigilance.
La zone orange concerne les zones où des cas confirmés sont enregistrés, sans atteindre le niveau de risque le plus élevé. Les cours peuvent continuer en présentiel, mais avec un renforcement des mesures sanitaires, de la surveillance et de la communication.
Quant à la zone rouge, elle correspond aux secteurs présentant un niveau de risque élevé ou une transmission active. Dans ces zones, les cours ordinaires en présentiel peuvent être temporairement adaptés ou remplacés par des mécanismes d’enseignement à distance, notamment à travers des fiches pédagogiques et des émissions éducatives radiophoniques.
Derrière ces trois couleurs se trouvent donc des décisions qui touchent directement la vie scolaire.
Pour un parent, connaître la couleur de sa zone, c’est savoir dans quelles conditions son enfant doit aller à l’école. Pour un enseignant, c’est connaître les précautions à respecter. Pour un responsable scolaire, c’est savoir comment organiser les enseignements et les mesures de prévention.
Voilà pourquoi la cartographie ne peut pas rester une information administrative confinée dans les bureaux.
Une carte, aussi précise soit-elle, ne protège personne si ceux qui sont concernés ne la connaissent pas et ne comprennent pas sa signification. Elle doit être expliquée, vulgarisée et diffusée auprès des écoles, des parents, des enseignants, des leaders communautaires et surtout à travers les médias de proximité.
Les radios communautaires ont, dans ce contexte, un rôle particulièrement important. Elles peuvent expliquer les différentes catégories de zones dans les langues comprises par les communautés, répondre aux préoccupations des parents et donner la parole aux professionnels de santé et aux responsables éducatifs.
Car il ne suffit pas d’annoncer qu’une zone est rouge, orange ou verte. Il faut expliquer ce que cette couleur change concrètement dans la vie scolaire.
Le véritable défi n’est donc pas seulement de disposer d’une cartographie. C’est de faire parvenir cette information à ceux qui doivent agir en fonction d’elle.
En période d’épidémie, un manque d’information peut rapidement laisser place aux rumeurs. Lorsque les autorités communiquent insuffisamment, les populations se tournent naturellement vers d’autres sources : réseaux sociaux, conversations de quartier ou messages transmis de bouche à oreille. Ces canaux peuvent parfois diffuser des informations incomplètes, voire fausses, susceptibles d’affaiblir la confiance dans la riposte.
Le vide d’information ne reste jamais longtemps vide.
C’est pourquoi la communication de crise doit être considérée comme une composante essentielle de la réponse à l’épidémie. Communiquer, ce n’est pas seulement publier des chiffres ou annoncer des décisions. C’est aussi expliquer, rassurer sans minimiser le risque, répondre aux inquiétudes et indiquer clairement à chacun ce qu’il doit faire.
La transparence devient ainsi un véritable outil de prévention.
D’autant plus que la cartographie est appelée à évoluer avec la situation sanitaire. Si le niveau de risque change, les modalités scolaires peuvent également changer. L’information destinée aux communautés doit donc suivre cette évolution avec la même rapidité.
À l’heure de la rentrée scolaire, l’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si les écoles sont ouvertes. Il est surtout de savoir dans quelles conditions elles fonctionnent, pourquoi ces conditions diffèrent d’une zone à l’autre et quelles précautions doivent être prises.
Les parents ont besoin de savoir.
Les enseignants ont besoin de comprendre.
Les élèves ont besoin d’être protégés.
Et les autorités ont la responsabilité d’expliquer.
Sortir la cartographie des bureaux ne signifie pas créer la panique. Au contraire, c’est réduire l’incertitude, combattre les rumeurs et renforcer la confiance entre les autorités et les communautés.
Car une couleur sur une carte n’est jamais qu’une couleur.
Le vert appelle à la vigilance.
L’orange appelle au renforcement des mesures.
Le rouge appelle à une réponse adaptée au niveau de risque.
Encore faut-il que chacun connaisse la couleur de sa zone.
À l’heure où l’Ituri reprend le chemin de l’école, il est donc temps que cette cartographie quitte les bureaux pour rejoindre les écoles, les radios, les familles et les communautés.
Parce qu’en période d’épidémie, l’information ne doit pas courir derrière le risque : elle doit le précéder.
Et lorsqu’il s’agit de protéger les enfants, réduire le vide d’information, c’est déjà contribuer à sauver des vies.
