L’épidémie d’Ebola continue de gagner du terrain en République démocratique du Congo. Selon les dernières statistiques du ministère de la Santé publique publiées le 30 juillet, le pays enregistre un cumul de 3 532 cas confirmés, dont 1 556 décès, répartis dans cinq provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, la Tshopo et le Haut-Uele.
L’Ituri demeure de loin la province la plus touchée, concentrant plus de 90 % des cas enregistrés depuis le début de l’épidémie. Les zones de santé de Rwampara, Bunia, Mongbwalu, Nizi et Nyankunde totalisent à elles seules plus de 80 % des infections.
Les autorités sanitaires identifient Bunia et Rwampara comme les principaux foyers de transmission. Les zones de santé de Nizi et Lita sont également sous haute surveillance en raison d’une recrudescence des cas. À Mongbwalu, en revanche, les indicateurs montrent une tendance à la stabilisation.
Dans la zone de santé de Nia-Nia, particulièrement au PK51, une quarantaine de cas ont déjà été signalés. Les responsables de la riposte estiment toutefois que ce chiffre pourrait être inférieur à la réalité, en raison de la sous-notification de certains cas.
Le coordonnateur de la riposte rappelle que toutes les zones de santé restent exposées au risque de propagation, y compris celles qui n’ont pas encore enregistré de cas, d’où la nécessité de maintenir une vigilance permanente.
La société civile alerte sur les insuffisances de la riposte
La société civile de l’Ituri estime que la réponse sanitaire peine encore à répondre aux besoins sur le terrain.
« Nous constatons de sérieux problèmes d’organisation et de prise en charge des malades. Beaucoup de personnes décèdent dans les familles ou les communautés sans bénéficier d’inhumations sécurisées. Cette situation favorise la poursuite de la transmission du virus. La population a le sentiment que la riposte n’est pas encore à la hauteur de l’ampleur de la crise », déplore Dieudonné Losa, responsable des forces vives de la province.
Résistance communautaire et défis logistiques
Les équipes de la riposte font également face à une résistance persistante dans certaines communautés. Plusieurs habitants continuent de nier l’existence de la maladie ou consultent tardivement les centres de traitement, réduisant les chances de survie des patients et augmentant les risques de contamination et de décès.
Les autorités sanitaires dénoncent également la manipulation des corps de personnes décédées de cas suspects en dehors des procédures d’inhumation sécurisée, une pratique qui contribue à la propagation du virus.
À ces difficultés s’ajoute la grève d’une partie des personnels de santé, qui réclament le paiement de leurs salaires et primes. Le gouvernement reconnaît que cette situation affecte la motivation des équipes engagées dans la lutte contre Ebola.
Une riposte renforcée pour freiner l’épidémie
Face à l’évolution de la situation, le gouvernement congolais affirme avoir intensifié les efforts pour contenir l’épidémie. Dans les statistiques publié par le ministère de la santé publique, le nombre cumulé des guéris est 626 jusqu’à ce 30 juillet. La priorité est accordée au renforcement des capacités d’isolement, à la prise en charge rapide des malades, à la surveillance communautaire ainsi qu’au suivi des contacts dans les zones les plus affectées, notamment Bunia, Rwampara, Nizi, Lita et Nia-Nia.
Plus de 20 Centres de traitement Ebola (CTE) et centres de transit sont actuellement opérationnels, avec des capacités d’accueil progressivement renforcées afin d’améliorer la prise en charge des patients.
La coopération transfrontalière est également renforcée. Après avoir maîtrisé sa propre épidémie, l’Ouganda a déployé des équipes médicales et du matériel pour appuyer la riposte dans les zones frontalières de Kasenyi, Tchomia et Aru, où des équipes mixtes congolaises et ougandaises assurent la surveillance sanitaire.
Les autorités congolaises assurent enfin que des mesures sont en cours pour régulariser les paiements des personnels de santé mobilisés dans la riposte, tout en poursuivant les campagnes de sensibilisation communautaire. Elles estiment que la combinaison du renforcement des capacités sanitaires, de la coopération régionale et de l’adhésion des communautés demeure essentielle pour interrompre la chaîne de transmission et maîtriser durablement l’épidémie.
La Rédaction
