C’est un cri venu du tréfonds d’une province en détresse. Dans une lettre ouverte d’une intensité rare, l’honorable Furaha Uma Daniel, député national élu de Mahagi, s’adresse sans détour aux chefs de groupes armés actifs en Ituri depuis plus de huit ans. Sans filtre ni compromis politique, il dénonce les atrocités perpétrées par les milices CODECO, FRPI, ZAÏRE, MAPI, FPIC, CHAMUKULA BATU et CHINI YA TUNA, qu’il rend responsables de l’effondrement moral, social et spirituel de la province.
« Je vous écris, non avec crainte, mais avec la colère froide et la douleur muette d’un fils de cette terre martyrisée. »
Un génocide rampant dénoncé
Furaha Uma ne ménage pas ses mots. Selon lui, ces milices ne sont ni des patriotes incompris ni des libérateurs :
« Vous avez vidé notre Ituri de son humanité. »
Il les qualifie d’architectes d’un génocide rampant, d’un crime collectif d’une brutalité inouïe :
« Vous avez arraché la vie à des enfants, à des femmes enceintes, à des vieillards. Vous avez incendié des villages entiers, détruit des écoles, pillé des centres de santé, profané des églises et des mosquées. Vous avez semé la terreur, et transformé la terre de nos ancêtres en un vaste cimetière à ciel ouvert. »
Des porteurs d’armes, pas les communautés
Le député insiste sur une vérité qu’il juge essentielle :
« Ce ne sont pas les communautés qui tuent, ce sont vous, les porteurs d’armes, qui avez traîné vos propres peuples dans la boue de l’infamie. »
Une situation alarmante
Depuis 2017, plus de 10 000 civils ont été tués en Ituri, selon les organisations des droits humains. Des dizaines de fosses communes ont été mises au jour, et des centaines de milliers de déplacés recensés. Furaha Uma rejette la qualification de « conflit communautaire » et évoque une entreprise systématique de destruction.
« Le chaos que vous avez imposé n’est pas une guerre. C’est une abomination, un abîme moral. Et l’Histoire vous jugera. Le ciel vous jugera. Vos propres enfants vous jugeront. »
Appel aux lois, à Dieu et à l’humanité
La lettre s’appuie sur des fondements juridiques et spirituels universels :
- Article 16 de la Constitution : « La personne humaine est sacrée. […] Nul ne peut être privé arbitrairement de la vie. »
- Déclaration universelle des droits de l’homme, article 3 : « Tout individu a droit à la vie. »
Une mise en garde aux complices silencieux
Furaha Uma étend ses accusations aux soutiens cachés des milices : réseaux politiques, économiques, traditionnels et religieux.
« Vous qui les financez, les manipulez, les applaudissez en coulisse, sachez-le : vous serez jugés avec eux. L’impunité n’est pas éternelle. Et la vérité finit toujours par triompher, même dans un champ de ruines. »
Un ultime appel au sursaut moral
S’il est empreint d’indignation, le message offre aussi une issue possible : la repentance.
« Déposez les armes. Demandez pardon. Quittez la brousse. Laissez l’Ituri respirer. Sauvez ce qui peut encore être sauvé. »
Et de conclure, avec gravité :
« Vous serez tenus responsables. Jusqu’au dernier. »
Malgré la présence militaire, les initiatives de paix et les actions de la MONUSCO, l’Ituri demeure l’une des provinces les plus instables de la RDC. Cette lettre apparaît comme une parole de vérité, un document de mémoire et peut-être un tournant dans la mobilisation citoyenne face aux seigneurs de guerre.
Heri Budjo Joël
