L’honorable Daniel Furaha Uma, député national élu de la circonscription de Mahagi, province de l’Ituri (Est de la République démocratique du Congo), a adressé des lettres ouvertes au président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, au gouverneur militaire de l’Ituri, le lieutenant-général Jonny Luboya N’kashama, et à Thomas Lubanga, chef du mouvement rebelle “Convention pour la Révolution Populaire (CRP)”. Des copies ont également été transmises aux institutions de l’État et à des organisations internationales.
Datée du 22 juillet 2025, cette correspondance exprime l’indignation du député face à la détérioration alarmante de la sécurité dans plusieurs localités d’Ituri. Il attribue ces violences au mouvement CRP dirigé par Lubanga, ainsi qu’à d’autres groupes armés récemment intensifiés, responsables de meurtres, pillages, déplacements massifs, enlèvements et autres abus.
“Il est temps de se lever contre l’indifférence et l’inaction face aux souffrances endurées par les populations civiles”, exhorte l’élu de Mahagi, appelant à une mobilisation nationale pour un retour durable à la paix.
À Félix Tshisekedi : “L’Ituri est en détresse”
Dans sa lettre, Daniel Furaha Uma adresse un appel pressant au chef de l’État, garant de la nation, en décrivant un tableau sombre de la situation. Il déplore notamment le manque de coordination entre les forces FARDC et UPDF, soulignant que certaines milices comme CODECO agissent en toute impunité.
Le député s’interroge : “Jusqu’à quand les populations ituriennes devront-elles subir, dans le silence et l’abandon, un carnage qui ne dit son nom ?” Face à cette tragédie qui menace la stabilité régionale, il propose plusieurs recommandations :
- Réhabilitation du dispositif militaire avec une réponse coordonnée et adaptée au terrain
- Redéfinition des opérations FARDC-UPDF pour des frappes conjointes contre toutes les milices
- Cantonnement des groupes armés engagés dans le processus de paix d’Aru 2
- Surveillance renforcée du territoire de Djugu avec un commandement opérationnel basé à Bunia
- Création d’une commission spéciale d’enquête sur les exactions commises en Ituri
À Johnny Luboya : “L’histoire vous regarde”
Le député interpelle également le gouverneur militaire de l’Ituri, lui rappelant ses responsabilités constitutionnelles.
“Excellence Monsieur le gouverneur militaire, je vous écris donc cette lettre non pour vous accabler mais pour rappeler, avec toute gravité et la dignité que requiert votre charge, que l’Ituri n’a pas besoin d’un gestionnaire passif des drames, mais d’un commandant lucide, engagé, loyal, résolu et responsable. Prenez vos responsabilités. L’histoire vous regarde.”
À Thomas Lubanga : interpellation solennelle
Enfin, le député s’adresse directement à Thomas Lubanga, chef du CRP, dans un ton à la fois grave et historique.
“Votre nom, Monsieur Lubanga, cher aîné, est gravé dans l’histoire récente de l’Ituri. Non pas comme un artisan de la paix, mais tristement comme l’un des principaux protagonistes de l’un des chapitres les plus sombres que notre province ait connus.”
Entre 1999 et 2004, sous la bannière de l’UPC, des milliers de vies ont été sacrifiées. Deux décennies plus tard, Lubanga refait surface, ravivant les plaies d’un passé douloureux. “Dans les faits, ce sont les armes, la peur, et la division que vous remettez au goût du jour”, souligne le parlementaire.
Il invite ainsi le leader rebelle à abandonner la voie armée et à s’engager dans le dialogue, la justice et la réconciliation.
A noter que ces derniers jours, les attaques menées par les milices CODECO, CRP et d’autres groupes armés ont provoqué des déplacements massifs de civils vers des zones jugées stables, où les conditions de vie restent précaires.
Jean Maurice Udaga




