La riposte contre la maladie à virus Ebola dans la zone de santé de Nizi, en Ituri, fait l’objet de vives critiques de la part de la Société civile Forces vives de l’Ituri. L’organisation dénonce de graves insuffisances en infrastructures sanitaires, en moyens logistiques et en personnel spécialisé, estimant que le dispositif actuel est incapable de répondre efficacement à l’évolution de l’épidémie.
En mission d’évaluation dans les aires de santé de Nizi, Lopa et Iga Barrière, le coordonnateur de la Société civile, Ir Dieudonné Lossa, affirme avoir constaté une riposte largement dépassée par l’ampleur de la situation.
« Nous sommes allés évaluer l’organisation de la riposte contre Ebola. D’après les informations recueillies sur place, de nombreux décès ont déjà été enregistrés dans cette zone », a-t-il déclaré.
Selon lui, les structures sanitaires existantes et les équipes de riposte ne disposent ni des capacités ni des ressources nécessaires pour assurer une prise en charge adéquate des malades.
La Société civile déplore notamment l’insuffisance, voire l’absence, de centres de traitement spécialisés. À Nizi, les structures disponibles seraient déjà saturées, les lits étant occupés en permanence. À Lopa, en revanche, aucun centre de traitement adapté ne serait opérationnel. Cette situation contraint certains patients à attendre une prise en charge ou à être transférés dans des conditions difficiles, compliquant davantage la lutte contre l’épidémie.
Autre préoccupation majeure : le manque d’ambulances et d’équipes d’enterrement digne et sécurisé (EDS), pourtant indispensables dans la riposte contre Ebola. D’après Ir Dieudonné Lossa, il arrive que des dépouilles restent deux à trois jours sans être inhumées, faute d’intervention des équipes spécialisées. Une situation qui accroît les risques de contamination et alimente les tensions au sein des communautés.
Sur le plan épidémiologique, les données recueillies sur le terrain sont préoccupantes. Environ 92 décès confirmés liés à Ebola auraient été enregistrés dans la zone de santé de Nizi, tandis que plus de 200 cas suspects sont actuellement suivis. À Lopa, des sources locales évoquent également 167 décès en 28 jours présentant des symptômes compatibles avec Ebola. Toutefois, ces chiffres restent à confirmer officiellement par les autorités sanitaires.
Face à cette situation, la Société civile remet en cause l’efficacité de la riposte.
« C’est quoi cette riposte incapable de prendre en charge les malades ? On ne peut pas comprendre cela », s’est indigné Ir Dieudonné Lossa, dénonçant le manque de coordination et l’insuffisance des moyens déployés.
La mission de terrain rapporte également que plusieurs sites accueillant des personnes déplacées ne disposent pas de dispositifs de lavage des mains, exposant davantage ces populations, déjà fragilisées par les déplacements et l’insécurité, à un risque accru de contamination.
Pour renforcer la réponse à l’épidémie, la Société civile recommande le déploiement urgent de nouvelles équipes d’EDS, l’augmentation du nombre d’ambulances, la construction de centres de traitement à Nizi et à Lopa, ainsi que le renforcement des mesures de prévention dans les sites de déplacés. Elle appelle également les autorités et leurs partenaires à améliorer la coordination de la riposte afin de contenir la propagation du virus.
Enfin, l’organisation exhorte la population à éviter toute manipulation des corps des personnes décédées, une pratique présentant un risque élevé de transmission du virus. Elle avertit que, sans mesures urgentes pour renforcer le dispositif sanitaire dans la zone de santé de Nizi et ses environs, la situation pourrait rapidement se détériorer.
Heri Budjo Joël




