Le député national Iracan Unen Gratien de Saint-Nicolas appelle à la transparence dans la gestion des réparations dues par l’Ouganda à la République démocratique du Congo, afin que les victimes des violences liées à l’intervention ougandaise puissent effectivement en bénéficier, notamment en Ituri.
Selon les informations communiquées par les autorités congolaises, la dernière tranche des 325 millions de dollars américains dus par l’Ouganda a été réceptionnée le 3 septembre 2026. Cette somme correspond au montant fixé par la Cour internationale de Justice (CIJ) dans son arrêt du 9 février 2022. La Cour avait réparti les réparations entre 225 millions USD pour les dommages aux personnes, 40 millions pour les dommages aux biens et 60 millions pour les dommages liés aux ressources naturelles. (Cour internationale de Justice)
L’Ituri figure parmi les territoires concernés par les conséquences des opérations et de la présence des forces ougandaises durant la période couverte par la décision de la CIJ. Les préjudices évoqués concernent notamment les pertes en vies humaines, les blessures, les violences sexuelles, les déplacements de populations ainsi que les destructions et pillages de biens.
La gestion du processus de réparation est assurée par le Fonds spécial de réparation de l’indemnisation aux victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO), sous la tutelle du ministère de la Justice. Les autorités ont annoncé le renforcement des mécanismes de gouvernance, de contrôle et de traçabilité ainsi que l’audit du fichier des victimes. (Authentic 360)
30 millions USD annoncés pour l’Ituri
La question de la répartition des fonds était au centre d’une rencontre tenue le 30 septembre 2026 à Kinshasa entre le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, et les élus de l’ancienne province orientale.
Pour les quatre provinces concernées, l’Ituri, la Tshopo, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé, 120 millions USD sont prévus pour les réparations collectives, soit 30 millions USD par province, selon les informations communiquées à l’issue de la rencontre.
Les élus ont notamment insisté sur la nécessité de ne pas concentrer les projets dans les seuls chefs-lieux provinciaux, mais de les étendre aux territoires et communautés directement affectés.
Pour l’Ituri, Iracan estime que les cinq territoires de la province, Djugu, Irumu, Mahagi, Aru et Mambasa, doivent être pris en compte dans la sélection des projets.
Iracan demande l’identification des véritables victimes
L’élu de Bunia dit avoir défendu trois principales exigences lors de cette rencontre.
La première porte sur la prise en compte effective de l’Ituri dans le processus de réparation, conformément aux dommages reconnus dans le cadre de la procédure devant la CIJ.
La deuxième concerne l’identification et la vérification des victimes. Iracan demande qu’un travail technique soit mené sur le terrain afin d’identifier les personnes et communautés effectivement affectées et de limiter les risques d’exclusion ou d’erreurs dans l’établissement des bénéficiaires.
La troisième porte sur la mise en œuvre des projets. Le député souhaite que les compétences locales, notamment la main-d’œuvre, les techniciens et les entreprises établis en Ituri, soient associées aux travaux financés dans le cadre des réparations.
Les priorités pourraient notamment concerner les infrastructures sanitaires et scolaires, l’accès à l’eau potable et à l’électricité, les routes ainsi que les activités de relèvement économique. Le gouvernement présente également les réparations collectives comme un moyen de soutenir la mémoire, la cohésion sociale et la résilience des communautés affectées.
Le processus encore attendu en Ituri
Selon Iracan, le FRIVAO n’a pas encore effectué sa mission en Ituri, notamment en raison de l’épidémie de maladie à virus Ebola. Une mission dans la province ainsi que l’ouverture annoncée d’un bureau du Fonds doivent permettre de poursuivre le processus sur le terrain.
Le député appelle par ailleurs les communautés à participer à l’identification de leurs priorités à travers les autorités coutumières, les organisations de la société civile et les associations de victimes.
Il recommande également aux personnes concernées de conserver les documents et témoignages susceptibles de contribuer à établir les préjudices subis, notamment les actes de décès, photographies et témoignages des responsables locaux.
Iracan rappelle enfin que l’enregistrement des victimes est gratuit et met en garde contre toute personne qui exigerait de l’argent en échange d’une inscription sur une liste de bénéficiaires.
Heri Budjo Joël




