L’artiste congolais Ferre Gola, icône de la rumba moderne, fait face à une plainte insolite déposée au Parquet près le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Gombe. Le motif invoqué : un « excès de voix », une formulation inhabituelle utilisée par le plaignant pour décrire ce qu’il considère comme des nuisances auditives répétées, liées à la « voix trop angélique » du chanteur.
La plainte a été introduite par le cabinet d’avocats Luboya et Associés, sur la base des déclarations de M. Mudimbi Ngoy Thierry, résident à Kinshasa. Dans sa requête adressée au procureur de la République, celui-ci affirme que la voix de Ferre Gola, « distillée à travers ses chansons telles que 3e Doigt, Mercure, Double Taux, Vita Imana ou encore Meilleure Chemise », causerait un « trouble émotionnel aux oreilles de toute personne qui écoute ».
Une démarche juridique qui interpelle
Le document évoque des « imputations dommageables » et sollicite que l’artiste soit « interpellé et soumis à la rigueur de la loi pénale ». Ironie de la démarche, les mêmes avocats qualifient aussi la voix du chanteur de « patrimoine national de la musique congolaise », plaidant pour sa protection par l’État.
Cette requête, aux contours juridiques flous, suscite des interrogations dans les milieux culturels et judiciaires de la capitale. Bien que la liberté artistique soit consacrée par la Constitution, l’affaire relance le débat sur les limites, parfois subjectives, de l’expression vocale dans l’espace public.
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Silence du chanteur et réactions en ligne
Jusqu’à la publication de cet article, Ferre Gola n’avait pas réagi à la plainte, pas plus que son entourage. Sur les réseaux sociaux, les premières réactions se partagent entre humour, indignation et curiosité. Certains internautes voient dans cette démarche une « attaque contre l’art », quand d’autres ironisent sur une justice « désormais sensible aux décibels de la rumba ».
Vers un précédent inédit ?
Reste à savoir si cette plainte recevra l’attention du parquet et quelles suites pourraient lui être données. Une question demeure : la beauté vocale peut-elle devenir un sujet de droit pénal ?
À Kinshasa, visiblement, même les notes les plus suaves peuvent franchir le seuil du tribunal.
Heri Budjo Joël
