Le secteur minier en Ituri, particulièrement dans les territoires de Djugu et d’Irumu, n’apporte pas encore suffisamment de retombées sociales aux populations locales. C’est le constat fait par Léon Yemba, chef d’agence provinciale du Fonds national de promotion et de service social (FNPSS) en Ituri.
Selon lui, le rôle de son institution n’est pas de gérer directement les activités minières, mais plutôt d’accompagner et de suivre les interventions sociales liées aux responsabilités sociétales des coopératives minières.
« Le secteur de la mine n’a pas encore bien servi les sociétés de la population qui y vivent », a déclaré Léon Yemba, évoquant plusieurs défis qui freinent l’impact social de l’exploitation minière dans ces zones.
Parmi les difficultés relevées, le responsable du FNPSS cite notamment la confusion entre la responsabilité sociétale des coopératives minières et le cahier des charges prévu par la réglementation minière. Selon lui, plusieurs acteurs communautaires ne font pas toujours la distinction entre ces obligations.
« Les gens sont en train de confondre le cahier des charges et un engagement social. Pourtant, la majorité des investisseurs dans le secteur sont des coopératives », a-t-il expliqué.
Des obstacles sécuritaires et communautaires
Léon Yemba évoque également l’inaccessibilité de certaines zones minières en raison des réalités sécuritaires en Ituri, ainsi que des difficultés de collaboration entre certains chefs coutumiers, notables communautaires et services de l’État.
Pour lui, certains responsables locaux considèrent parfois les actions sociales des coopératives minières comme une affaire privée ou communautaire, alors qu’elles doivent s’inscrire dans un cadre réglementé.
Face à cette situation, il appelle à un renforcement de l’accompagnement de l’État congolais envers le FNPSS afin de permettre à cette institution de mieux remplir sa mission d’amélioration des conditions sociales des communautés.
Des infrastructures sociales attendues
Le chef d’agence du FNPSS rappelle que les entreprises et coopératives minières ont des obligations envers les communautés qui accueillent leurs activités.
Il cite notamment la construction des écoles, des points d’eau et d’autres infrastructures sociales comme des réalisations attendues en faveur des populations locales.
« Ces investisseurs-là ont une obligation envers nos communautés locales. En contrepartie, ils doivent réaliser certaines œuvres qui doivent rester comme souvenirs, surtout dans le cadre social de la population », a-t-il insisté.
Il précise que le FNPSS participe au comité provincial de pilotage chargé du suivi et de l’évaluation des engagements sociaux des acteurs miniers, en collaboration avec d’autres services comme la Division des Mines et l’Agence congolaise de l’environnement.
Préserver les communautés et l’environnement
Concernant la destruction des terres agricoles liée à certaines activités minières, Léon Yemba estime que des mécanismes légaux existent pour protéger les populations affectées.
Il appelle à une collaboration entre les services compétents afin que les ressources minières de l’Ituri ne deviennent pas une source de souffrance pour les communautés.
De son côté, un missionnaire de la paix ayant accompagné cette visite a salué le travail du FNPSS sur le terrain, estimant que ce service constitue un acteur important dans la consolidation de la paix en Ituri.
Il appelle également les chefs coutumiers à jouer leur rôle de manière responsable et à éviter de « prendre en otage » les coopératives minières, tout en exhortant les investisseurs étrangers à respecter les lois congolaises en matière d’environnement et de responsabilité sociale.
En Ituri, où l’exploitation artisanale et semi-industrielle de l’or reste une activité importante, la question du partage des bénéfices miniers et de la protection des communautés demeure un enjeu majeur.
Joël Heri Budjo
