Le Barreau de l’Ituri a annoncé lundi la suspension de la participation des avocats aux audiences judiciaires, à la suite d’un incident survenu à Mambassa impliquant un avocat et un magistrat.
Face à la presse à Bunia, le bâtonnier Maître Joseph Keta a évoqué une « clameur publique » née d’un incident survenu le jeudi 19 février dans les instances judiciaires de Mambassa. Selon lui, un avocat, dans l’exercice normal de ses fonctions, aurait été victime de faits qualifiés de « coups et blessures ou voies de fait », une qualification qui reste à préciser.
« S’il y a réellement coups et blessures ou voies de fait, il y a ce qu’on appelle une procédure de flagrance qui peut être organisée parce que ce sont des faits flagrants », a déclaré Maître Keta.
Le bâtonnier a rappelé qu’en cas de mise en cause d’un magistrat, celui-ci bénéficie de privilèges de juridiction.
« Les magistrats sont justiciables devant la Cour d’appel. Ce n’est pas comme tout justiciable. Il faut respecter cette procédure-là », a-t-il précisé, ajoutant que deux voies peuvent être envisagées : une procédure pénale et une procédure disciplinaire.
Toutefois, au moment de sa déclaration, la Cour d’appel n’avait pas encore été saisie officiellement du dossier.
« On devrait organiser une audience de flagrance ce lundi matin, mais après contact avec le premier président de la Cour d’appel et le parquet général, nous avons constaté que le dossier n’est pas encore fixé », a expliqué le bâtonnier.
Face à cette situation, le Conseil de l’Ordre du Barreau de l’Ituri s’est réuni en urgence à 9 heures. À l’issue de cette réunion, il a été décidé de suspendre la participation des avocats aux audiences jusqu’à l’organisation effective d’une audience de flagrance.
« Tant que cette audience ne sera pas organisée, nous allons demander aux avocats de sécher d’abord les audiences. C’est pour permettre à ce que la justice soit faite », a affirmé Maître Keta.
Concernant le magistrat mis en cause, il aurait été initialement placé aux arrêts à Mambassa avant d’être signalé à Bunia. Reste à déterminer si l’audience de flagrance sera organisée à Mambassa ou devant la Cour d’appel de Bunia, conformément aux règles de compétence.
Au-delà de l’incident, le bâtonnier a insisté sur la nécessité d’un respect mutuel entre magistrats et avocats.
« Les avocats, qu’on appelait avant auxiliaires de la justice, sont aujourd’hui considérés comme collaborateurs de la justice. Nous sommes dans le même corps. Le respect que nous proclamons dans notre serment doit être réciproque », a-t-il souligné.
Selon lui, l’incident serait né d’un désaccord professionnel, après qu’un avocat se serait senti « diminué » à la suite d’une longue attente pour être reçu par un magistrat.
Le Barreau de l’Ituri affirme suivre de près l’évolution du dossier et conditionne la reprise des audiences à l’organisation d’une procédure conforme aux règles de droit.
Heri Budjo Joël




