La province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, replonge dans une spirale de violences qui exacerbe une crise humanitaire déjà critique. Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur l’afflux de blessés par balles, de survivantes de violences sexuelles sans prise en charge et de familles contraintes de fuir dans la précipitation.
Civils pris pour cible
La dégradation sécuritaire s’est accélérée avec la reprise des affrontements entre groupes armés et forces régulières. À Bule, épicentre des combats, les civils sont régulièrement assimilés à des combattants. Entre décembre 2025 et mars 2026, au moins 40 personnes ont été tuées et 42 blessées, souvent en pleine fuite. Patrick, 53 ans, a été abattu après avoir été pris pour un milicien ; Augustine et son enfant ont été grièvement blessés en tentant d’échapper aux combats.
« Les civils ne devraient jamais être pris pour cible », rappelle MSF, dénonçant une violence aveugle et persistante.
Exode massif et système de santé à bout
Selon OCHA, plus de 920 000 personnes sont déplacées en Ituri, dont plus de 100 000 au premier trimestre 2026. À Plaine Savo, les déplacés survivent dans des conditions extrêmes : manque d’eau potable, insalubrité, propagation de maladies comme le choléra. À Fataki, la moitié des structures de santé ont fermé, les autres fonctionnant sous pression et avec un personnel insuffisant.
Accès aux soins, un parcours dangereux
Depuis mi-février, MSF a intensifié ses activités avec plus de 10 000 consultations, principalement pour des cas de malnutrition, d’infections et de maladies diarrhéiques. L’organisation appuie également l’hôpital de référence de Fataki. Mais se faire soigner reste périlleux : l’insécurité empêche les déplacements, surtout la nuit. « Beaucoup de patients n’osent plus venir », déplorent les équipes, qui réclament la mise en place urgente de couloirs humanitaires.
Faim, peur et abandon
Au-delà de la santé, l’accès à la nourriture est critique. Les champs sont devenus inaccessibles à cause des combats. « Nous avons faim. Aller cultiver est trop dangereux », témoigne Judith, déplacée à Fataki. L’insécurité entrave aussi l’acheminement de l’aide, poussant certaines organisations à suspendre leurs activités. Résultat : des centaines de milliers de personnes restent sans assistance.
Un appel urgent
Face à une crise qui dépasse les capacités actuelles, MSF appelle les autorités congolaises et les partenaires internationaux à renforcer rapidement la réponse humanitaire. Sans accès sécurisé à l’aide et sans intervention dans les secteurs essentiels santé, alimentation, eau et protection la situation en Ituri risque de basculer davantage dans une catastrophe silencieuse.
Heri Budjo Joël
