La situation sécuritaire en Ituri connaît une nouvelle escalade préoccupante. Une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux montre un homme se présentant comme le porte-parole de la milice CODECO (Coopérative pour le Développement du Congo), vêtu de l’uniforme des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF). Dans une allocution enflammée, il accuse le général ougandais Muhoozi Kainerugaba de soutenir ouvertement la communauté Hema en Ituri et de diffuser un message de haine, mettant en péril l’équilibre déjà fragile de la région.
Cette intervention à forte connotation symbolique relance les inquiétudes quant à une instrumentalisation communautaire du conflit armé qui ravage l’est de la République démocratique du Congo.
Dans son discours, le porte-parole de CODECO dénonce ce qu’il qualifie de soutien militaire et moral du général Muhoozi à la communauté Hema, historiquement en conflit avec sa milice. Il accuse le haut gradé ougandais d’attiser les tensions ethniques à travers ses déclarations publiques et ses réseaux d’influence, pointant du doigt un rôle ambigu joué par Kampala dans l’aggravation du chaos sécuritaire en Ituri.
Le port de la tenue militaire de l’UPDF est interprété comme une provocation délibérée, voire un message codé à l’attention d’alliés ou d’adversaires régionaux. Ce geste met en exergue les imbrications complexes entre guerre, appartenance ethnique et enjeux géostratégiques.
Les autorités congolaises, pour l’instant silencieuses, suivent de près cette escalade verbale. Des analystes redoutent qu’elle ne soit le prélude à une nouvelle flambée de violences communautaires si de tels discours venaient à se multiplier.
Du côté de Kampala, aucune réaction officielle n’a été enregistrée jusqu’à présent. Toutefois, l’implication du nom de Muhoozi connu pour ses ambitions présidentielles en Ouganda dans le conflit ethnique en RDC pourrait engendrer des tensions diplomatiques inattendues entre les deux pays.
Ce nouvel épisode illustre la complexité d’une guerre qui ne se joue pas uniquement sur le terrain, mais aussi à travers les récits, les symboles et les perceptions. La vidéo du porte-parole de CODECO ouvre une page inquiétante, où les discours identitaires et les influences régionales risquent d’attiser la haine.
L’Ouganda démentira-t-il ces accusations ? Le gouvernement congolais prendra-t-il des mesures pour calmer les tensions ? Et quel rôle joueront la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la MONUSCO ou encore l’Union africaine dans la désescalade communautaire en Ituri ?
Heri Budjo Joël




