Dans une Ituri ravagée par des violences persistantes, le territoire de Djugu replonge dans l’horreur. En moins de deux semaines, meurtres, viols, pillages et profanations ont semé la terreur parmi les habitants. Dans un communiqué publié mercredi, la Coordination provinciale de la Société Civile Forces Vives de l’Ituri accuse l’État congolais d’un abandon manifeste face à la recrudescence des atrocités.
Affrontements sanglants et pillages impunis
Le 13 juillet, des combats entre les FARDC et les rebelles de la Coalition du redressement populaire (CRP), près de l’église 80e AIC à Djugu, ont provoqué une panique généralisée. Des militaires sont accusés d’avoir pillé des biens civils, entraînant une nouvelle vague de déplacés.
Trois jours plus tard, à Kpandole, treize civils dont neuf à Lopa ont été tués par des tirs attribués aux FARDC. Dix autres personnes ont été blessées. Entre le 18 et le 20 juillet, des cas d’exécutions sommaires, de pillages et d’extorsions ont été signalés à Landa.
Attaques coordonnées de CODECO : carnage en silence
Le 21 juillet, les miliciens de CODECO ont lancé trois offensives simultanées à Lopa, Gina et Nizi. À Lopa, des civils ont été tués, l’église catholique vandalisée, deux femmes violées et plusieurs commerces pillés. À Nizi, dix-sept personnes ont été massacrées.
Fait troublant : ces attaques se sont déroulées en présence des FARDC et des Casques bleus de la MONUSCO, stationnés à Lopa.
« Pire, certains militaires ont été vus participant aux pillages », dénonce la Société Civile.
Bombardements indiscriminés
Le même jour, un hélicoptère de l’armée congolaise a largué des bombes sur le village de Tche, blessant une femme et un garçon de 11 ans. Le 22 juillet, des bombardements à Gotsodjo ont touché l’épouse du chef de village et un enfant de 9 ans.
La Société Civile déplore une rupture de confiance entre la population et les forces armées.
« Au lieu de protéger la population, certains soldats se comportent comme des prédateurs. »
Elle accuse l’État et la MONUSCO d’inaction, voire de complicité passive ou active dans les exactions.
Questions soulevées
– Pourquoi les miliciens CODECO agissent-ils malgré l’accord de cessation des hostilités signé à Aru II ?
– La CRP bénéficie-t-elle d’une impunité face aux affrontements avec les FARDC ?
– Quand l’État congolais assumera-t-il ses responsabilités en Ituri ?
Appels à l’action
La Société Civile exige :
1. Une reprise en main urgente de la situation par le président Félix Tshisekedi ;
2. Une intervention du gouverneur militaire pour restaurer la confiance et sécuriser les examens scolaires ;
3. Une enquête de l’Auditorat militaire sur les événements de Lopa, Nizi et Iga Barrière ;
4. Le respect des engagements pris par les groupes armés CRP et CODECO lors du dialogue d’Aru II.
Elle appelle également à l’unité des communautés locales, à la vigilance et au rejet des manipulations ethniques ou armées.
« L’Ituri ne retrouvera la paix que si ses fils et filles s’engagent sincèrement pour la vérité, la justice et la réconciliation. »
Heri Budjo Joël



