En affirmant ne pas aimer la Constitution tout en rejetant l’idée de s’accrocher au pouvoir, Félix Tshisekedi relance le débat sur ses intentions politiques. Entre volonté de réforme, promesse de respecter la volonté populaire et échéance de 2028, ses déclarations soulèvent plusieurs interrogations.
Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, a remis la question constitutionnelle au centre du débat politique. Samedi 24 octobre, devant les députés nationaux et les sénateurs membres de l’Union sacrée de la Nation, en présence notamment de la Première ministre Judith Suminwa et de membres du gouvernement, le chef de l’État a exprimé sans détour son rejet de la Constitution en vigueur, tout en récusant toute intention de se maintenir au pouvoir au-delà de son mandat.
« La Constitution, oui, je ne l’aime pas et je ne l’ai pas caché », a-t-il déclaré, avant de préciser que sa volonté de réviser le texte fondamental ne devait pas être assimilée à une volonté de s’accrocher au pouvoir.
Pour justifier sa position, Félix Tshisekedi a invoqué sa mission de mettre fin à l’agression dont le pays est victime, de remettre la RDC sur la bonne voie et de parvenir à une paix véritable et durable. Selon lui, une révision constitutionnelle pourrait également contribuer à atteindre ces objectifs.
Mais c’est surtout sa référence à l’année 2028 qui retient l’attention. « Si en 2028 les objectifs que je me suis fixés sont atteints et que le peuple ne décide pas de changer la Constitution, je ne vois pas comment moi je veux faire pour me maintenir au pouvoir », a-t-il affirmé.
Une volonté de réforme qui soulève des interrogations
Au-delà de l’affirmation selon laquelle il ne chercherait pas à prolonger son pouvoir, une question demeure : pourquoi insister sur la nécessité de modifier la Constitution alors que le président assure ne pas vouloir s’accrocher à la magistrature suprême ?
Pour ses détracteurs, cette démarche peut alimenter les soupçons d’une stratégie politique visant à modifier les règles qui encadrent l’exercice du pouvoir présidentiel.
Promulguée en 2006, puis révisée en 2011 sous la présidence de Joseph Kabila, la Constitution congolaise limite le mandat présidentiel à deux mandats de cinq ans chacun. Son article 70 précise que le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois. L’article 220 protège notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels contre toute révision constitutionnelle.
Félix Tshisekedi a-t-il un agenda caché ? La question se pose au regard de son insistance sur la nécessité de modifier la Constitution, alors qu’il affirme ne pas vouloir se maintenir au pouvoir au-delà de son mandat. Le président soutient que la décision appartient au peuple, tout en laissant à sa famille politique la responsabilité d’engager le débat sur une éventuelle modification du texte fondamental.
Le paradoxe de 2028 : réformer sans prolonger le pouvoir ?
Le changement constitutionnel envisagé viserait-il uniquement à réorganiser les institutions et à améliorer leur fonctionnement, ou pourrait-il également toucher aux dispositions relatives au mandat présidentiel ?
Aucune conclusion définitive ne peut être tirée de la seule déclaration du chef de l’État. Toutefois, l’évocation de 2028, année correspondant à la fin de son second mandat selon le calendrier constitutionnel actuel, donne à ce débat une dimension politique particulière.
La question est d’autant plus sensible que l’article 220 de la Constitution congolaise protège notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels contre toute révision constitutionnelle.
Le peuple, arbitre annoncé du débat
En renvoyant à la volonté populaire, Félix Tshisekedi place la question constitutionnelle sur le terrain de la souveraineté nationale. Mais cette référence appelle une autre interrogation : dans quelles conditions le peuple serait-il appelé à se prononcer, sur quelle proposition précise et avec quelles garanties de transparence et de liberté ?
Le président affirme vouloir sortir le pays de l’insécurité, rétablir la paix et remettre l’État sur la bonne voie. Ces objectifs constituent les principaux arguments qu’il avance pour défendre sa démarche. Reste à déterminer si une réforme constitutionnelle est réellement nécessaire pour les atteindre et quelles dispositions devraient, le cas échéant, être modifiées.
L’enjeu dépasse donc la question de savoir si le chef de l’État aime ou non la Constitution. Il concerne le respect des institutions, les limites du pouvoir présidentiel et les conditions d’une alternance démocratique en République démocratique du Congo.
Un débat constitutionnel dans un contexte de crise
Le débat prend une dimension supplémentaire avec le vote, par l’Assemblée nationale, du projet de loi relatif au référendum, le 23 octobre 2026. Cette initiative, contestée par une partie de la classe politique, ouvre la voie à un dispositif permettant notamment de soumettre au peuple des questions constitutionnelles, selon les modalités prévues par les textes applicables.
Cette démarche intervient alors que l’Est du pays reste en proie aux violences armées et que certaines zones échappent au contrôle des autorités congolaises. À cette crise sécuritaire s’ajoutent des tensions politiques et des difficultés sociales persistantes.
Dans ce contexte, la volonté du président et de son camp d’avancer sur le chantier constitutionnel suscite des critiques, notamment de la part d’une opposition qui juge le dialogue politique proposé insuffisamment inclusif et le considère comme un monologue.
Dès lors, une question demeure : la réforme constitutionnelle répond-elle à une nécessité institutionnelle et aux priorités du pays, ou risque-t-elle de devenir un sujet de confrontation politique au moment où la RDC fait face à des défis sécuritaires, sociaux et politiques majeurs ?
Derrière la formule « Je n’aime pas cette Constitution », le débat porte finalement sur la finalité de la réforme. S’agit-il de répondre aux besoins de l’ensemble de la population ou de satisfaire la volonté d’un individu qui affirme ne pas aimer le texte fondamental ?
La Rédaction


