Le rapport publié par Amnesty International sur les violences perpétrées dans l’est de la République démocratique du Congo révèle les conditions inhumaines imposées aux civils enlevés par les rebelles des ADF dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
Un système de terreur
À travers des témoignages d’anciens captifs, l’organisation décrit un régime fondé sur les enlèvements, le travail forcé, les violences physiques, les mariages imposés et l’exploitation d’enfants dans les camps rebelles disséminés dans les forêts.
« Si on fatiguait, on nous tuait », résume une jeune femme de 23 ans, enlevée en mars 2025.
Selon Amnesty, les personnes kidnappées étaient contraintes de transporter des charges lourdes pendant plusieurs jours, sous les coups, les insultes et les menaces de mort. Plusieurs otages affirment avoir vu des captifs mourir d’épuisement ou de faim, tandis que d’autres gardent aujourd’hui de graves séquelles physiques.
Civils réduits en esclavage
Les survivants décrivent une organisation mobile, où les captifs étaient déplacés entre différents camps. Ils devaient accomplir des tâches variées : transporter munitions et vivres, cuisiner, chercher de l’eau, surveiller les camps ou participer à certaines attaques.
Le rapport souligne l’utilisation d’enfants, parfois âgés de dix ans, comme porteurs, guetteurs ou combattants. Certains auraient reçu une formation militaire avant d’être envoyés en opération.
Femmes et jeunes filles sous contrainte
Les femmes et les jeunes filles figurent parmi les principales victimes. Plusieurs survivantes racontent avoir été forcées à des « mariages » avec des combattants, séparées de leurs enfants ou menacées de représailles en cas de fuite. Amnesty documente également des violences sexuelles répétées, des coups et des fausses couches liées à l’épuisement et aux mauvais traitements. Des filles très jeunes auraient également été contraintes à ces unions.
Endoctrinement et peur permanente
Au-delà des violences physiques, Amnesty décrit un système d’endoctrinement imposé dans les camps. Les captifs devaient adopter de nouveaux noms, suivre des règles religieuses strictes et respecter des codes vestimentaires. Les femmes étaient notamment contraintes de porter le voile et de couvrir leur visage.
Des anciens otages affirment que les rebelles installaient parfois des engins explosifs improvisés sur certains chemins afin d’empêcher toute tentative d’évasion.
Une crise humanitaire persistante
Le rapport souligne que plusieurs anciens otages craignent encore d’être considérés comme des complices des rebelles après leur fuite. Certaines victimes auraient été placées sous surveillance militaire ou détenues temporairement après leur retour dans des zones contrôlées par les autorités.
Pour Amnesty International, les enlèvements, prises d’otage, violences sexuelles, travaux forcés et traitements infligés aux civils constituent de graves violations du droit international humanitaire et pourraient être qualifiés de crimes de guerre.
Alors que l’insécurité persiste dans l’est de la RDC, l’organisation appelle à renforcer la protection des populations civiles et à assurer une prise en charge des survivants ayant échappé aux camps des ADF.
Heri Budjo Joël




