Au cours du 50ᵉ Conseil des ministres tenu vendredi, le gouvernement congolais a révélé des chiffres alarmants : plus de 123 000 cas de violences sexuelles ont été enregistrés en 2023, dont une part significative serait imputable à des éléments des Forces armées de la RDC (FARDC) et de la Police nationale congolaise (PNC).
C’est le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, qui a livré ces statistiques glaçantes, issues d’un rapport officiel. Les provinces les plus touchées sont le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri, le Maniema et le Tanganyika, où les conflits armés rendent les civils surtout les femmes et les enfants particulièrement vulnérables.
Plus troublant encore : des agents de l’État, censés garantir la sécurité, sont également impliqués.
« Ces faits d’une gravité extrême engagent désormais la responsabilité directe du commandant, tant dans l’armée que dans la police. Personne ne saurait se dérober des actes commis sous son autorité », a déclaré le ministre.
Cette prise de position marque une rupture de ton : le gouvernement entend activer le principe de responsabilité en chaîne de commandement. Tout agent impliqué, ainsi que son supérieur, fera l’objet de poursuites judiciaires.
Depuis 2020, les violences sexuelles ont connu une hausse fulgurante, souvent utilisées comme armes de guerre. Le manque de contrôle interne au sein des forces de sécurité a, jusqu’à présent, favorisé l’impunité.
Si cette annonce est saluée par les défenseurs des droits humains, la méfiance persiste. Pour les survivantes longtemps réduites au silence, seules des poursuites effectives, des peines exemplaires et un véritable accompagnement psychosocial pourraient représenter un début de réparation.
Les appels se multiplient en faveur de réformes structurelles au sein des FARDC et de la PNC, afin d’instaurer une tolérance zéro envers les violences sexuelles et rétablir la confiance envers les institutions.
Heri Budjo Joël
