Alors que Kinshasa concentre l’essentiel de son effort militaire et diplomatique sur la rébellion du M23/AFC, qui contrôle une partie des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les récentes attaques meurtrières perpétrées par les ADF et la milice CODECO rappellent la persistance d’autres foyers de violence dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Entre le 8 et le 9 septembre, au moins 86 civils ont été tués dans les territoires de Lubero et Beni, au Nord-Kivu. Le massacre le plus sanglant a eu lieu dans le village de Ntoyo (Lubero), où 70 personnes ont perdu la vie. Le lendemain, à Fotodhu, près d’Oicha (Beni), 18 civils ont été exécutés. Bien que l’intervention conjointe des FARDC et de l’armée ougandaise (UPDF) ait permis de freiner l’expansion des attaques, les populations locales dénoncent une réaction tardive et une négligence face aux signaux d’alerte.
Une stratégie sécuritaire à géométrie variable
Ces tueries relancent le débat sur la hiérarchisation des priorités sécuritaires par les autorités congolaises. Tandis que la lutte contre le M23/AFC mobilise l’essentiel des ressources militaires, de la diplomatie régionale et internationale, ainsi que les discours officiels de Kinshasa, les violences tout aussi meurtrières commises par les ADF en Ituri et au Nord-Kivu, ou par la CODECO à Djugu, continuent de décimer les civils dans un relatif silence.
Ce désintérêt semble également perceptible à l’échelle internationale. Lors de la 60ᵉ session du Conseil des droits de l’homme, tenue le 9 septembre à Genève, peu d’intervenants et encore moins les représentants du gouvernement congolais ont évoqué les graves violations des droits humains attribuées aux ADF et à la CODECO. Les débats se sont principalement concentrés sur le M23/AFC et son soutien présumé par le Rwanda.

Une population qui se sent abandonnée
Pour les communautés locales, l’inaction du gouvernement et la répétition des massacres traduisent un déficit d’anticipation et de coordination, malgré la présence des forces armées congolaises et de leur alliée ougandaise dans la région. Ce sentiment d’abandon renforce la méfiance envers l’État central et fragilise davantage le lien entre les institutions et les citoyens.
Entre urgence militaire et responsabilité politique
L’écart entre la mobilisation massive contre le M23/AFC et la relative passivité face aux exactions des ADF et de la CODECO soulève des interrogations : s’agit-il d’un choix stratégique assumé, d’une contrainte liée à des moyens limités, ou d’une volonté politique de privilégier la menace jugée la plus stratégique ?
Quelles que soient les raisons, cette asymétrie dans la réponse sécuritaire accentue le sentiment d’injustice et alimente un cycle de violence qui ravage l’Est de la RDC depuis plus de vingt ans.
Rédaction
