Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a présenté, mardi 7 octobre 2025 à Kinshasa, les résultats d’une évaluation menée début septembre dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. L’organisation humanitaire tire la sonnette d’alarme face à la détérioration rapide de l’accès aux soins de santé dans cette région en proie aux violences armées et aux déplacements massifs de populations.
Selon François M., représentant du CICR, l’étude a porté sur 240 structures sanitaires. Les conclusions sont préoccupantes :
– 85 % d’entre elles connaissent des ruptures de stocks en médicaments et intrants essentiels, contre 71 % lors de la précédente évaluation en avril ;
– près de 40 % ont perdu du personnel médical, souvent contraint de fuir l’insécurité ;
– 71 % des structures ont déjà accueilli des blessés par arme depuis janvier 2025.
A titre d’exemple, l’hôpital général de référence d’Uvira, visité récemment par le CICR, a reçu plus de 800 blessés depuis le début de l’année. Pourtant, il ne dispose d’aucun chirurgien, obligeant les médecins généralistes à réaliser des interventions complexes.
Le CICR indique avoir pris en charge 3 125 blessés entre janvier et septembre 2025, dont 70 % de civils. Ce chiffre marque une hausse constante par rapport aux années précédentes : 2 935 en 2024 et 1 050 en 2023.
L’évaluation révèle également que 91 % des aires de santé du Nord et du Sud-Kivu accueillent chacune plus de 5 000 déplacés internes, en plus des populations retournées. Cette pression démographique fragilise davantage des structures médicales déjà au bord de l’effondrement.
Le CICR souligne que la situation est d’autant plus critique que le plan de réponse humanitaire 2025 n’est financé qu’à hauteur de 15 %. L’an dernier, environ 1,4 milliard de dollars avaient été mobilisés. Cette année, seuls 400 millions sont disponibles, un écart jugé « extrêmement grave» par l’organisation.
Le CICR appelle toutes les parties au conflit, y compris celles opérant dans les zones contrôlées par des groupes armés, à respecter le droit international humanitaire, garantissant la protection des structures médicales, du personnel soignant et des blessés.
« Il en va de la survie de millions de personnes», a insisté François M., exhortant à des mesures urgentes pour rétablir l’accès aux soins, favoriser le retour du personnel médical et assurer le transit sécurisé des médicaments, y compris à travers les lignes de front.
L’organisation insiste également sur la nécessité pour le gouvernement congolais et ses partenaires de réinvestir dans les services essentiels, au-delà de l’aide humanitaire, afin de répondre à une crise sanitaire qualifiée d’« alarmante » et qui continue de s’aggraver.
Eugène Laro




