Le dialogue national en République démocratique du Congo s’ouvre sur une divergence majeure autour de la question de son inclusivité. Alors que Martin Fayulu plaide pour la participation de toutes les parties prenantes, notamment Joseph Kabila et Corneille Nangaa, Félix Tshisekedi exclut la participation des groupes armés à ce processus.
Le débat sur le format du dialogue national en République démocratique du Congo prend une nouvelle tournure. L’opposant Martin Fayulu défend un processus ouvert à toutes les parties susceptibles de contribuer au règlement de la crise sécuritaire, tandis que le président Félix Tshisekedi pose une limite claire : les acteurs qui prennent les armes contre la République ne peuvent pas s’asseoir à la table du dialogue national.
Lors d’une conférence de presse à Bruxelles, Martin Fayulu a notamment plaidé pour la participation de l’ancien président Joseph Kabila et de Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC et figure de l’alliance avec le M23.
« Ils doivent venir justifier pourquoi ils ont pris les armes contre la République », a déclaré Martin Fayulu.
Pour l’opposant, il serait difficile de parvenir à une solution durable à la crise congolaise sans entendre les différentes parties impliquées dans le conflit.
Cette position rejoint, sur le principe de l’inclusivité, les appels déjà formulés par Moïse Katumbi et le cardinal Fridolin Ambongo, qui ont insisté, chacun à son niveau, sur la nécessité d’un dialogue national capable de réunir les différentes composantes de la société congolaise.
Tshisekedi : « Nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la Nation tout en prenant les armes »
Dans son discours prononcé jeudi 27 août 2026 à l’occasion de l’annonce de l’ouverture du dialogue national, Félix Tshisekedi a insisté sur le caractère inclusif du processus, précisant qu’aucun Congolais ne devrait être écarté en raison de ses opinions ou de son appartenance politique.
Le chef de l’État a toutefois fixé les limites de cette inclusivité. Pour Félix Tshisekedi, le dialogue national ne peut devenir un moyen de conférer une légitimité politique aux groupes armés.
« Nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la Nation tout en prenant les armes contre elle. »
Le président congolais a néanmoins indiqué que la voie du dialogue restait ouverte à ceux qui renoncent sincèrement à la violence.
« Notre responsabilité sera d’ouvrir le chemin de la paix à celles et ceux qui renoncent sincèrement à la violence et garantir la justice à celles et ceux qui en ont été les victimes. »
Pour Félix Tshisekedi, cette ouverture ne doit cependant pas conduire à une confusion entre les acteurs politiques et les mouvements armés.
« Aucune cause, aucune revendication, aucune blessure aussi réelle soit-elle ne peut justifier que l’on ouvre les portes de la maison commune à ceux qui viennent la piller, l’occuper et meurtrir ses enfants. »
Le chef de l’État a également rejeté toute possibilité de transformer une conquête militaire en légitimité politique.
« Aucune arme ne conférera à son porteur un droit supérieur à celui que le suffrage reconnaît au citoyen. Aucune conquête militaire ne pourra être convertie en légitimité politique. »
Doha plutôt que le dialogue national pour l’AFC/M23
Félix Tshisekedi a par ailleurs renvoyé la question de l’AFC/M23 au processus de Doha, présenté comme le cadre destiné à traiter les questions directement liées au conflit armé.
« Le processus de Doha demeure le cadre approprié pour traiter avec l’AFC/M23 des questions relatives à la cessation des hostilités, au désengagement, au cantonnement, au désarmement et aux autres modalités directement liées au conflit. »
Pour le président congolais, le dialogue national ne doit donc ni se substituer au processus de Doha ni devenir une voie permettant aux groupes armés d’obtenir politiquement ce qu’ils n’ont pas obtenu par les urnes.
« Aucun mouvement armé ne pourra invoquer l’inclusivité pour imposer par la force ce qu’il n’a pas obtenu par les voies démocratiques. »
Cette position présidentielle suscite des interrogations parmi certains opposants et acteurs religieux qui défendent un dialogue national plus largement inclusif afin de s’attaquer aux causes profondes de la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC.
Pour certains analystes, l’absence des principaux acteurs du conflit armé risque de limiter la portée du processus.
« Comment peut-on parler de l’insécurité dans l’Est alors que les auteurs sont absents ? », s’interroge l’un d’eux.»
Selon cet analyste, le format annoncé par Félix Tshisekedi pourrait compromettre les chances de réussite du dialogue national, notamment si les acteurs directement impliqués dans le conflit ne sont pas associés aux discussions sur les causes et les solutions à la crise.
La Rédaction
