Alors que l’attention nationale et internationale reste focalisée sur les violences armées qui ravagent l’Est de la République démocratique du Congo, un autre drame, plus silencieux mais tout aussi meurtrier, se joue à l’Ouest, au cœur de la capitale. À Kinshasa, la pénurie d’eau potable et l’insalubrité chronique plongent des millions d’habitants dans une détresse quotidienne, avec des conséquences sanitaires alarmantes.
Selon les données recueillies par un réseau citoyen actif dans plusieurs quartiers notamment CPA Mushie, Kingabwa, Route Mokali et Lutendele seulement 30 % de la population kinoise aurait accès à une eau potable. Dans de nombreuses zones, femmes et enfants sont contraints de sortir tard dans la nuit, parfois dès 23 heures, pour tenter de remplir quelques bidons.
Les répercussions sur la santé publique sont graves :
- Choléra : 33 864 cas recensés, dont 757 décès.
- Fièvre typhoïde : 315 cas pour 100 000 habitants.
- Paludisme : 11 % des cas mondiaux, avec 1 100 cas et 60 décès dans la province de l’Équateur, ainsi que 143 morts dans le Kwango.
Pour de nombreux acteurs de la société civile, cette situation dépasse le cadre d’un simple dysfonctionnement administratif. Elle met en lumière une responsabilité politique directe.
« Ce n’est pas un accident, c’est un crime sanitaire », dénonce le député national Gratien de Saint Nicolas Iracan, pointant l’absence de politiques publiques efficaces pour garantir un accès universel à l’eau et à un environnement sain.
Alors que les armes continuent de faire des victimes à l’Est, la soif et les maladies hydriques tuent silencieusement à l’Ouest. Deux réalités différentes, mais un même constat : l’impunité des responsables et le lourd tribut payé par les populations.
Heri Budjo Joël




