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Société

Ituri : les femmes rurales prises entre dérèglement climatique et pression fiscale

Dernière mise à jour: le 17/10/2026 à 12:10
17 octobre 2026
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6 minutes de lecture
Une femme rurale sarcle son champ de haricots à Mahagi, en Ituri. Photo : Visibilité Média Pro, mars 2019.

Chronique de Jérémie Kaseke

Elle cultive la terre pour nourrir sa famille, affronte les aléas climatiques pour sauver ses récoltes, puis doit payer des taxes pour écouler ses produits au marché. À chaque étape, la femme rurale lutte pour préserver ses revenus et subvenir aux besoins de son ménage. Mais jusqu’à quand pourra-t-elle supporter, presque seule, le poids de la sécurité alimentaire des communautés ?

À l’aube, alors que les villes sont encore plongées dans le sommeil, des milliers de femmes rurales prennent le chemin des champs. Les mains dans la terre, le dos courbé sous le soleil ou trempé par les pluies, elles travaillent pour produire les denrées qui finiront dans nos assiettes. Pour beaucoup, l’agriculture constitue la principale source de revenus et le premier moyen de subsistance. Pourtant, cette activité devient de plus en plus incertaine face aux perturbations climatiques.

Les pluies tardent, deviennent excessives ou surviennent au mauvais moment. Les saisons agricoles se dérèglent, les récoltes diminuent et les revenus des ménages s’amenuisent. Pour la femme rurale, le changement climatique n’est pas une simple question environnementale. Il se traduit par des champs moins productifs, des paniers moins remplis, des revenus en baisse et des difficultés croissantes à nourrir ses enfants et à répondre aux besoins de sa famille.

Malgré ces obstacles, elle ne baisse pas les bras. Elle récolte, transporte ses produits et rejoint le marché dans l’espoir de tirer un revenu de son travail. Mais une fois sur place, une autre difficulté l’attend : le poids des taxes et des prélèvements liés à la commercialisation de ses produits.

Au marché, la récolte devient une marchandise, mais la vendeuse doit également faire face à des obligations financières. Lorsque les taxes sont multiples, insuffisamment encadrées ou disproportionnées par rapport aux recettes réalisées, elles réduisent considérablement les maigres bénéfices de ces femmes. Après avoir investi du temps, de l’énergie et parfois leurs dernières économies dans la production agricole, elles doivent encore supporter des charges pour vendre leurs récoltes.

Le paradoxe est frappant : celles qui contribuent à nourrir les communautés risquent de rentrer chez elles avec des revenus insuffisants pour couvrir leurs propres besoins. Entre les coûts de production, les difficultés de transport, les pertes après récolte et les prélèvements sur les marchés, les bénéfices ne sont pas toujours à la hauteur des efforts consentis.

Faut-il pour autant remettre en cause le principe même de la taxation ? Pas nécessairement. Les recettes fiscales sont indispensables au financement des services publics. Toutefois, leur application devrait tenir compte de la réalité économique des petits producteurs et des vendeuses à faibles revenus. Une fiscalité locale équitable suppose des prélèvements transparents, proportionnés et clairement définis, ainsi que des mesures pour prévenir les perceptions abusives ou répétitives.

Soutenir la femme rurale ne peut donc se limiter aux discours ou aux hommages prononcés à l’occasion des journées qui lui sont consacrées. Cela exige des actions concrètes : faciliter l’accès aux semences adaptées aux nouvelles conditions climatiques, promouvoir des techniques agricoles résilientes, améliorer les infrastructures de stockage et de conservation, réhabiliter les routes de desserte agricole et mieux organiser les marchés. À cela doit s’ajouter une taxation adaptée à la capacité contributive des petites vendeuses.

La femme rurale n’a pas seulement besoin d’encouragements. Elle a besoin que son travail soit justement rémunéré, que ses récoltes soient mieux protégées et que les revenus tirés de ses efforts lui permettent de vivre dignement. Sans ces conditions, le travail agricole risque de rester un combat permanent contre la pauvreté plutôt qu’un véritable levier de développement.

L’enjeu dépasse pourtant la situation individuelle de ces femmes. Il touche à la sécurité alimentaire, à la lutte contre la pauvreté et à la stabilité économique des communautés. Lorsqu’une productrice récolte moins à cause des dérèglements climatiques et voit ses bénéfices diminuer sous le poids des charges du marché, les conséquences peuvent se répercuter sur l’ensemble de la chaîne alimentaire, jusqu’au prix des denrées et à l’assiette des ménages.

Aujourd’hui, la femme rurale s’essouffle. Elle s’épuise dans les champs face à un climat de plus en plus imprévisible, peine à rentabiliser ses efforts au marché et doit, une fois rentrée chez elle, continuer à assumer des responsabilités familiales qui ne diminuent pas.

Il est temps de passer des discours aux actes. Les pouvoirs publics, les autorités locales et les acteurs du secteur agricole doivent reconnaître que la résilience des communautés dépend aussi des conditions dans lesquelles les femmes produisent, transportent et commercialisent leurs récoltes.

Protéger la femme rurale, c’est préserver son travail, renforcer les revenus des ménages et défendre la sécurité alimentaire de toute la communauté. Car lorsqu’on fragilise celles qui nourrissent la population, c’est aussi l’équilibre économique et social de la société que l’on met en péril.

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SUJET: Agriculture, Développement rural, Femmes, Femmes rurales, Fiscalité, Ituri, Jérémie Kaseke, Sécurité alimentaire

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Jorkim Jotham Pituwa 17 octobre 2026 17 octobre 2026
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