La récente conférence de presse du président de la République à Kinshasa était attendue comme un moment de clarification sur plusieurs grands dossiers nationaux : sécurité dans l’Est du pays, coopération avec les États-Unis, questions constitutionnelles, élections et gouvernance.
Mais au milieu de ces débats, une absence a frappé les esprits : celle de l’Ituri
Ni dans le discours du président, ni dans les préoccupations exprimées par les journalistes présents, la situation dramatique de cette province n’a été évoquée. Comme si l’Ituri avait disparu du radar politique national. Comme si les massacres répétés, les déplacements massifs, les attaques de groupes armés et les souffrances quotidiennes des civils ne méritaient plus l’attention de la République.
Une province sacrifiée au silence
Pourtant, l’Ituri continue de payer un lourd tribut à l’insécurité. Des villages sont attaqués, des familles décimées, des enfants privés d’avenir, tandis que des milliers de personnes vivent dans la peur permanente. À Djugu, Irumu ou Mambasa, la violence reste une réalité quotidienne. Chaque semaine apporte son lot de morts, de déplacés et de nouvelles inquiétudes.
Face à cette réalité, le silence observé à Kinshasa choque. Plus inquiétant encore, aucun journaliste n’a posé une seule question sur l’Ituri. Cette omission révèle un problème plus profond : la marginalisation progressive de certaines crises dans l’espace médiatique et politique national. À force de durer, le drame iturien semble être devenu une habitude. Et lorsqu’une tragédie devient une habitude, elle finit par ne plus susciter d’indignation.
Le rôle des médias et des décideurs
Le rôle des médias n’est pas seulement de relayer les sujets visibles. Il est aussi d’éclairer les zones d’ombre, d’interpeller les décideurs et de porter la voix des populations oubliées. Ignorer l’Ituri dans un rendez-vous aussi important revient à banaliser la souffrance de millions de Congolais.
Cette absence dans le débat national pose une question grave : faut-il attendre une catastrophe encore plus dramatique pour que l’Ituri retrouve sa place dans les priorités du pays ?
Une République indivisible
Une nation ne peut prétendre défendre son unité lorsque certaines provinces semblent condamnées au silence. Toutes les victimes congolaises méritent la même compassion, la même attention et la même mobilisation nationale.
L’Ituri ne demande pas un privilège. Elle demande simplement de ne pas être oubliée.
Heri Budjo Joël




