En Ituri, les blessures ne sont pas seulement physiques. Elles s’enracinent dans les esprits d’une population épuisée par des décennies de guerre, de massacres et d’épidémies. Le Dr Mubarak Kano, médecin directeur du Centre neuro‑psychopathologique de l’Ituri, appelle le gouvernement central à financer d’urgence les soins psychiatriques et psychologiques pour une population « à bout de souffle ».
Au carrefour des guerres et des virus
Le parcours du Dr Kano illustre la complexité des crises qui frappent l’est de la République démocratique du Congo. « Nous étions engagés, à l’époque, dans le département de surveillance. Nous travaillions avec la zone de santé et nous suivions, dans des structures, les cas suspects de la maladie à virus Ebola », explique-t-il.
Mais au-delà de la traque des virus, le médecin a vu les esprits se briser sous le poids d’une histoire tragique. « Nous trouvons que la population, sa santé mentale est très affectée », déplore-t-il. Selon lui, les traumatismes accumulés guerres, pandémie de Covid‑19, Ebola en 2019 n’ont jamais été pris en charge. Résultat : une société fragilisée.
La double peine : milices et psychose épidémique
Aujourd’hui, une nouvelle vague d’angoisse submerge l’Ituri. Le Dr Kano met en garde contre l’impact dévastateur d’une crise sanitaire dont « la souche n’est pas connue et le virus n’a pas de médicament ». Il décrit une détresse existentielle extrême : « La population est en train d’attendre qu’elle va mourir. »
Cette peur panique s’ajoute à une insécurité chronique. « De l’autre côté, il y a les ADF‑NALU qui sont en train de tuer la même population et maintenant l’épidémie qui va aussi les tuer. Vraiment, nous pensons que la santé mentale de la population est très affectée », insiste-t-il. Pris en étau entre la hache des miliciens et la menace invisible d’un virus incurable, les habitants vivent dans un état de stress post‑traumatique permanent.
Un appel à Kinshasa : sauver les esprits
Face à cette urgence invisible, les structures locales sont dépassées et manquent cruellement de moyens. Le médecin directeur interpelle directement les autorités : « Nous appelons le gouvernement central à passer au SMPP et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que le service soit bien construit. »
Pour lui, reconstruire l’Ituri passe autant par la pacification des territoires que par la guérison des âmes. « Il faut voir, dans les prochaines occasions, comment est-ce que la santé mentale de cette population sera sauvée », conclut-il.
Un message clair envoyé à Kinshasa : soigner les corps est indispensable, mais guérir les esprits est le seul moyen de garantir un avenir à l’Ituri.
Emmanuel Jedidja




