En Ituri, la riposte contre Ebola ne se limite pas à la prise en charge médicale des personnes infectées. La peur de mourir, l’isolement et la séparation des proches peuvent provoquer une profonde détresse psychologique chez les malades, leurs familles et même les soignants. Face à ces difficultés, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) renforce les interventions en santé mentale et le soutien psychosocial, notamment dans les centres de traitement et au sein des communautés.
À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée chaque 10 octobre, l’OMS a rappelé que la maladie à virus Ebola ne menace pas uniquement la santé physique. Elle peut également affecter profondément l’équilibre psychologique des personnes touchées. L’annonce d’un diagnostic positif, la crainte de mourir, les douleurs liées à la maladie et l’isolement médical constituent autant de facteurs susceptibles d’aggraver leur détresse psychologique.
« La santé mentale et le soutien psychosocial sont extrêmement importants dans une situation d’épidémie de maladie à virus Ebola », souligne le Dr Vagheni Mumbere, psychiatre et point focal de l’OMS pour la santé mentale et l’appui psychosocial dans la riposte à Ebola.
Selon ce spécialiste, la peur de la mort figure parmi les principales sources de souffrance psychologique chez les personnes infectées. À cela s’ajoutent les conditions de prise en charge, la douleur physique et la séparation d’avec les proches.
L’isolement, un facteur aggravant de la détresse psychologique
Pour prévenir la propagation du virus, les patients doivent être pris en charge dans des structures adaptées. Cependant, cette séparation de leur environnement familial et social habituel peut accentuer leur vulnérabilité psychologique.
La vue des soignants portant des équipements de protection individuelle, l’incertitude concernant l’évolution de la maladie et l’impossibilité de maintenir des contacts habituels avec la famille peuvent renforcer la peur et le sentiment de solitude.
Ces difficultés ne concernent pas uniquement les malades. Les familles confrontées à la maladie ou à la perte d’un proche peuvent également avoir besoin d’un accompagnement psychosocial. Les soignants et les autres intervenants de la riposte sont eux aussi exposés à une forte pression émotionnelle.
Des interventions des centres de traitement aux communautés
Pour répondre à ces besoins, des interventions en santé mentale et en soutien psychosocial sont organisées à différentes étapes de la riposte.
Elles concernent notamment les personnes présentant des symptômes suspects, les cas confirmés, les alertes sanitaires ainsi que les familles affectées. Les agents spécialisés en santé mentale travaillent avec les relais communautaires afin d’identifier les personnes en détresse et de les orienter vers une prise en charge appropriée.
Des interventions sont également menées au sein des centres de traitement Ebola (CTE), où les patients peuvent bénéficier d’un accompagnement psychologique pendant leur prise en charge médicale.
L’accompagnement se poursuit après la guérison. Les équipes peuvent notamment soutenir les survivants lors de leur retour à domicile et faciliter leur réintégration au sein de leur famille et de leur communauté.
L’objectif est d’éviter que les conséquences psychologiques de la maladie, la stigmatisation ou le rejet social ne compromettent le rétablissement des personnes guéries.
L’OMS mise sur la formation et la coordination des partenaires
Dans le cadre de cette riposte, l’OMS joue également un rôle de coordination avec les autres partenaires engagés dans la prise en charge de la santé mentale.
L’organisation contribue au renforcement des capacités des prestataires de soins et des acteurs communautaires à travers des formations consacrées à la santé mentale et au soutien psychosocial.
Ces formations visent à permettre aux intervenants, qu’ils soient spécialistes ou non, de mieux identifier les signes de détresse psychologique, d’organiser les interventions et de répondre aux besoins des personnes affectées.
L’OMS apporte également un appui direct dans les centres de traitement, notamment en mobilisant des experts chargés d’accompagner les patients et d’autres personnes touchées par l’épidémie.
La guérison doit aussi passer par le rétablissement psychologique
Au-delà du traitement de l’infection, la prise en charge psychologique constitue un volet essentiel de la réponse à Ebola. La guérison physique ne signifie pas nécessairement la disparition de la peur, des traumatismes ou des difficultés liées à la stigmatisation.
Un accompagnement régulier des malades, des personnes guéries, de leurs familles et des soignants demeure donc nécessaire pour limiter les conséquences psychologiques de l’épidémie.
En Ituri, où la riposte mobilise les structures sanitaires et les communautés, l’enjeu est de garantir une prise en charge globale associant soins médicaux, soutien psychosocial et réintégration sociale. Car combattre Ebola, c’est aussi aider les personnes touchées à retrouver confiance, dignité et espoir.
La Rédaction




