À Bunia, les conditions de travail de la Police nationale congolaise (PNC) évoluent progressivement. Dans les nouveaux locaux de l’Escadron de protection de l’enfant et de prévention des violences sexuelles (EPEPVS), installés au sein de la mairie, les victimes de violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG) disposent désormais d’un cadre plus confidentiel et mieux adapté à leur prise en charge.
Cette amélioration est notamment rendue possible grâce à l’appui de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), à travers sa Police (UNPOL).
Des conditions de travail longtemps difficiles
Avant l’installation dans ce nouveau bâtiment, l’EPEPVS travaillait dans un espace exigu partagé avec d’autres services de la police, notamment la Police d’investigation criminelle (PIC) et la Police de lutte contre les crimes économiques.
Une situation qui compliquait l’accueil des victimes et la conduite des enquêtes.
« Nous étions logés avant avec la PIC et la Police de lutte contre les crimes économiques, dans un petit local où les conditions de travail étaient très difficiles. Il n’y avait pas de confidentialité pour bien accueillir les victimes », explique la commissaire supérieure adjointe Séraphine Falao Mbolyaita, cheffe de l’EPEPVS.
Selon elle, certaines victimes étaient contraintes d’attendre à l’extérieur et leurs témoignages pouvaient être entendus par des personnes étrangères au dossier.
« Les gens restaient debout, à l’extérieur. Il n’était pas rare que certains témoignages de victimes soient entendus par tout le monde qui passait par là », témoigne-t-elle.
L’absence d’un espace clairement identifié compliquait également l’orientation des survivantes vers les services compétents.
Un bâtiment pour renforcer la confidentialité

Pour répondre à ces difficultés, la Police de la MONUSCO, à la suite des plaidoyers de l’Inspection provinciale de la PNC, a financé un projet à impact rapide destiné à améliorer les conditions de travail de l’EPEPVS.
Le projet, d’un coût de 49 998 dollars américains, a permis de construire un bâtiment comprenant six bureaux et une salle d’attente. Des installations sanitaires séparées pour les hommes et les femmes ainsi qu’une douche doivent également être aménagées.
Inauguré le 17 février 2026, le bâtiment est doté de mobilier, de matériel informatique et de panneaux solaires destinés à pallier les difficultés d’approvisionnement en électricité.
Pour la commissaire Marie-Guy Thiayga Niang, cheffe de la Police de la MONUSCO à Bunia, cette infrastructure va au-delà de la simple amélioration des locaux.
« L’infrastructure a permis d’améliorer la prise en charge des victimes de violences sexuelles en leur offrant un cadre plus sûr, confidentiel et adapté », souligne-t-elle.
Elle estime également que le projet facilite l’accès aux services d’écoute, d’orientation et d’assistance, tout en contribuant à une meilleure protection des victimes et au respect de leur dignité.
Plus de confidentialité, une prise en charge améliorée
Depuis son installation dans ces nouveaux locaux, l’EPEPVS dit constater une amélioration dans le traitement des dossiers et dans l’accueil des victimes.
« Depuis que nous sommes dans notre propre local, nous travaillons désormais dans de bonnes conditions. Les victimes ne traînent plus dehors, car il y a maintenant une salle d’accueil où on peut les recevoir avant leur audition », explique Séraphine Falao Mbolyaita.
Le service, qui compte 23 agents, dont cinq femmes, dispose également d’ordinateurs et d’imprimantes.
Auparavant, les policiers devaient se rendre dans des cybercafés ou des bureautiques pour saisir et imprimer leurs rapports, une pratique qui exposait les informations sensibles à un manque de confidentialité.
Une baisse des cas de VSBG enregistrés
Pour la responsable de l’EPEPVS, l’amélioration des conditions de travail, combinée aux actions de sensibilisation et aux arrestations des présumés auteurs, contribue également à la baisse des cas de violences sexuelles et basées sur le genre enregistrés à Bunia.
Selon les données communiquées par l’EPEPVS, 375 cas ont été enregistrés en 2024, contre 250 en 2025 et 110 au cours du premier semestre 2026.
« C’est le fruit des sensibilisations que nous organisons, mais aussi des arrestations qui ont lieu après certains cas. Tout cela a un impact sur le comportement de certains individus », estime la commissaire supérieure adjointe Falao Mbolyaita.
Le transport des victimes reste un point faible
Malgré ces avancées, l’EPEPVS fait face à un important déficit logistique, notamment en matière de transport.
Le service ne dispose pas de moyens de locomotion suffisants pour accompagner rapidement et en toute sécurité les victimes vers les structures spécialisées.
« Si on a 10 000 FC, on prend une moto avec la victime jusqu’au centre spécialisé. Vous voyez que cela n’est pas très professionnel, ça expose les victimes, alors que notre travail repose sur deux piliers : la confidentialité et la célérité », déplore la responsable de l’EPEPVS.
La MONUSCO mise aussi sur la professionnalisation de la PNC
L’appui de la MONUSCO à la PNC ne se limite pas aux infrastructures. Il comprend également des formations, le renforcement des capacités, la construction et la réhabilitation de commissariats, la fourniture d’équipements, les colocations entre policiers de la MONUSCO et de la PNC ainsi que des patrouilles conjointes.
Pour le commissaire supérieur principal Gilbert Kalonji Mulumba, commandant intérimaire de la PNC en Ituri, cette coopération contribue à renforcer le professionnalisme des policiers.
« Tout cela aide à améliorer notre façon de travailler et donc notre professionnalisme », affirme-t-il.
Selon lui, l’un des effets observés est notamment la diminution des bavures policières lors des interventions.
« Un accusé reste accusé, ses droits sont mieux respectés », ajoute-t-il, saluant l’appui de la Police de la MONUSCO.
Un nouveau local, mais encore des défis
Avec ce nouveau siège, l’EPEPVS dispose désormais d’un espace clairement identifié et adapté à sa mission. Pour la MONUSCO et les responsables de la PNC, l’amélioration des conditions de travail constitue un levier important pour renforcer la qualité des services de police, la protection des victimes et le respect des droits humains.
Mais le manque de moyens de transport rappelle que des défis restent à relever pour garantir une prise en charge complète et rapide des victimes.
À Bunia, le nouveau bâtiment de l’EPEPVS apparaît ainsi comme un symbole d’une police qui cherche à se professionnaliser davantage : mieux accueillir, mieux enquêter et surtout mieux protéger les civils.
Source : MONUSCO / Jean-Tobie Okala




