Les engagements financiers internationaux contre Ebola en République démocratique du Congo (RDC) ont atteint 3,045 milliards de dollars en septembre 2026, contre 1,656 milliard en juin. Mais entre les promesses des bailleurs, les décaissements et les fonds effectivement accessibles aux acteurs de terrain, des écarts importants subsistent. Africa CDC appelle à renforcer la transparence et la traçabilité des ressources mobilisées.
Les financements annoncés pour soutenir la riposte contre Ebola en RDC ont augmenté de près de 1,389 milliard de dollars entre juin et septembre 2026, selon un tableau de suivi attribué aux Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), photographié lors d’un point de presse. Les engagements consolidés atteignent 3 045,01 millions de dollars en septembre, contre 1 656,06 millions trois mois auparavant.
Cette progression soulève une question essentielle : quelle part de ces milliards a effectivement été versée aux organisations chargées de combattre l’épidémie sur le terrain ?
Le document fait état de 962,66 millions de dollars décaissés sur les engagements recensés en juin. Le solde associé aux engagements consolidés de septembre s’élève, quant à lui, à 2 082,34 millions de dollars. Ces données doivent toutefois être interprétées avec prudence, car les décaissements cumulés et les engagements actualisés ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer les sommes réellement disponibles pour les opérations.
Un engagement correspond à une promesse de financement, tandis qu’un décaissement désigne un versement effectif. Celui-ci ne signifie pas nécessairement que les fonds ont déjà été dépensés ni que les activités financées ont été réalisées.
Les États-Unis, l’Union européenne et la Banque mondiale en tête
Les États-Unis figurent parmi les principaux contributeurs, avec 887 millions de dollars d’engagements annoncés en septembre, contre 462 millions en juin, soit une augmentation de 425 millions de dollars. Cette hausse intervient après l’annonce de nouveaux financements lors de la réunion ministérielle du G20+ organisée à New York le 23 septembre 2026.
L’Union européenne et la Commission européenne arrivent en deuxième position, avec 568 millions de dollars, contre 136,35 millions en juin. La Banque mondiale occupe la troisième place, avec 433 millions de dollars, contre 176 millions trois mois auparavant.
D’autres partenaires figurent également dans le tableau, notamment le Pandemic Fund, avec 221 millions de dollars, la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), avec 201 millions, l’Allemagne, avec 127 millions, les pays africains, avec 110 millions, et le Royaume-Uni, avec 105 millions.
Le montant attribué à CEPI diffère toutefois de celui de 196 millions de dollars mentionné dans la mise à jour publiée par Africa CDC le 24 septembre. Cette différence souligne la nécessité de disposer de données datées et consolidées pour établir un bilan financier cohérent.
L’ampleur des engagements témoigne de la mobilisation internationale annoncée face à l’épidémie. Reste à déterminer dans quelle mesure ces promesses se traduisent en ressources accessibles aux équipes médicales, aux structures sanitaires et aux communautés affectées.
Près de 3 milliards promis, mais des fonds alloués encore limités selon une enquête
Dans une enquête publiée le 9 octobre 2026, le quotidien Le Monde rapporte qu’environ 359 millions de dollars avaient été alloués par les bailleurs aux partenaires nationaux et internationaux impliqués dans la lutte contre Ebola, sur près de 3 milliards de dollars de promesses. Ce montant représente environ 12 % des engagements annoncés.
Ce chiffre ne peut cependant pas être directement comparé aux 962,66 millions de dollars de décaissements mentionnés dans le tableau photographié. Les deux données peuvent couvrir des périodes, des catégories de financements ou des périmètres comptables différents. Les informations disponibles ne permettent pas d’établir une correspondance précise entre elles.
L’écart apparent met néanmoins en évidence un enjeu majeur : suivre non seulement les promesses financières, mais aussi les transferts aux organisations opérationnelles, les dépenses exécutées et les résultats obtenus.
Pour mesurer les moyens réellement mobilisés, il est donc nécessaire de connaître les montants versés à chaque partenaire, les dates des transferts, les dépenses engagées et les fonds qui restent en attente.

Africa CDC réclame davantage de transparence
Dans son communiqué du 24 septembre, Africa CDC a indiqué que les engagements annoncés à l’issue de la réunion du G20+ atteignaient environ 2,997 milliards de dollars.
Son directeur général, le docteur Jean Kaseya, a insisté sur la nécessité de suivre les ressources depuis les engagements des bailleurs jusqu’aux dépenses et aux services effectivement fournis aux populations.
Le 4 octobre, l’organisation a de nouveau réaffirmé son soutien au gouvernement congolais pour renforcer la transparence, la traçabilité et la redevabilité dans la gestion des financements mobilisés contre Ebola. Elle a appelé les partenaires nationaux et internationaux à fournir des informations détaillées sur les fonds reçus, les dépenses engagées, les zones d’intervention et les résultats obtenus.
L’objectif est notamment d’identifier les besoins non couverts, de limiter les chevauchements entre les interventions et d’accélérer l’acheminement des ressources vers les zones sanitaires touchées.
Ituri, Nord-Kivu : quelle part pour les zones affectées ?
Le tableau cite plusieurs organisations impliquées dans la réponse à l’épidémie, parmi lesquelles l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’UNICEF, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le Programme alimentaire mondial (PAM) et Africa CDC.
D’autres structures, dont AFENET, PATH, SANRU, l’International Rescue Committee (IRC) et des organisations confessionnelles, figurent également parmi les acteurs mentionnés.
Toutefois, la photographie disponible ne fournit pas une ventilation complète des sommes reçues et dépensées par chacune de ces organisations. Elle ne permet pas non plus d’établir précisément la répartition des financements entre l’Ituri, le Nord-Kivu et les autres zones concernées par la riposte.
Cette absence de données détaillées limite l’évaluation des moyens réellement disponibles pour les populations affectées. Les besoins concernent notamment l’accès aux soins, la disponibilité des médicaments et des équipements de protection, la surveillance épidémiologique, la vaccination, le suivi des contacts et la prise en charge des personnels mobilisés.
Un bilan détaillé devrait préciser, pour chaque province et chaque zone de santé, les montants engagés, les sommes décaissées, les dépenses justifiées et les activités effectivement réalisées.
La redevabilité, prochaine étape du bilan financier
La mobilisation de près de 3 milliards de dollars place désormais la traçabilité des financements au cœur des enjeux de la riposte. La Première ministre congolaise, Judith Suminwa Tuluka, a également appelé à transformer les engagements en décaissements, puis les décaissements en actions concrètes au bénéfice des populations.
Pour établir un bilan financier vérifiable, plusieurs documents restent nécessaires : la version officielle et datée du tableau de suivi, les justificatifs des transferts aux partenaires, les rapports de dépenses, les audits disponibles et la ventilation géographique des interventions.
Des explications d’Africa CDC, du ministère congolais de la Santé et des principaux bailleurs permettraient également de mieux comprendre les écarts entre les engagements annoncés et les montants effectivement alloués aux acteurs opérationnels.
Au-delà des milliards annoncés, l’efficacité financière de la riposte devra se mesurer à la capacité des institutions concernées à démontrer où les fonds ont été transférés, comment ils ont été utilisés et quels services ils ont permis de fournir aux populations affectées.
À ce stade, les données disponibles soulèvent des questions sur le rythme des décaissements et la traçabilité des ressources, sans constituer, à elles seules, une preuve de détournement ou de mauvaise gestion. Seule une documentation financière détaillée, confrontée aux explications des institutions concernées, permettra d’établir un bilan fiable.
Heri Budjo Joël




