Le sort des personnes déplacées des sites de Kigonze et de l’ISP, à Bunia, chef-lieu de l’Ituri, reste incertain après les récentes opérations militaires menées à la suite d’alertes faisant état de la présence d’hommes armés dans le site de Kigonze.
À l’issue d’un échange avec le gouverneur militaire de l’Ituri, mercredi 30 septembre, le Groupe d’interaction intercommunautaire pour la pacification et la paix (GIIPP), qui regroupe notamment des notables Hema et Lendu, affirme que les autorités provinciales ont évoqué la possibilité de ne pas permettre le retour des déplacés à Kigonze et de réorienter ces populations vers des sites situés en dehors de Bunia.
« Suite aux tirs d’armes dans le site, le gouverneur a décidé de fermer le site de Kigonze et celui de l’ISP. Néanmoins, il nous a rassurés qu’il a parlé avec les partenaires humanitaires pour qu’on réoriente ces sites ailleurs, car ces sites sont mal placés, en plein centre-ville de Bunia, et posent problème sur le plan sécuritaire », a rapporté Me Jean Claude Ngadjole Ateény, membre du GIIPP et président de la communauté Hema.
Cette éventuelle fermeture ou relocalisation n’a toutefois pas fait l’objet, à ce stade, d’une annonce officielle des autorités provinciales. Le GIIPP affirme avoir abordé cette question avec le gouverneur militaire, le Général-Major Kasongo Gaby, à la suite des incidents sécuritaires enregistrés à Kigonze.
Selon Me Jean Claude Ngadjole, les autorités ont expliqué que, pour des raisons sécuritaires, les déplacés ne pourraient pas regagner le site de Kigonze dans les conditions actuelles. Le site de l’ISP pourrait également être concerné par une éventuelle délocalisation.
Ces développements interviennent après des opérations militaires lancées à la suite d’alertes sur la présence d’hommes armés à Kigonze. Des tirs nourris auraient provoqué la dispersion des déplacés, dont plusieurs milliers se retrouvent depuis lors en errance, sans possibilité de regagner leur lieu d’hébergement.
Pour Me Jean Claude Ngadjole, la présence présumée de certains éléments de la CRP dans le site ne devrait pas conduire à pénaliser l’ensemble des personnes déplacées.
« Même s’il y a des éléments de la CRP identifiés dans le site, on ne devrait pas punir tous les déplacés », a-t-il déclaré.
Le GIIPP fait également état de préoccupations concernant le déroulement des opérations militaires. Des responsables communautaires et des acteurs politiques de l’Ituri dénoncent notamment des faits présumés de pillage et d’incendie d’abris. Me Jean Claude Ngadjole évoque également un bilan provisoire de deux morts.
« Des actes de violence dans le site ne concordent pas avec le respect des droits humanitaires. Pour l’instant, le bilan provisoire de ces opérations fait état de deux morts et de pillages des biens des déplacés », a-t-il précisé.
Le GIIPP s’inquiète particulièrement de la situation de plus de 19 000 personnes déplacées de Kigonze, ainsi que de milliers d’autres hébergées sur le site de l’ISP. L’organisation estime que leur dispersion dans différents quartiers de Bunia risque de compliquer leur accès à l’aide humanitaire et le suivi des personnes vulnérables.
« Ces déplacés du site de Kigonze sont au nombre d’environ 19 000 et maintenant, ils sont jetés dans la ville comme ça. Nous déplorons cela et nous voulons des garanties pour ces déplacés qui pourraient ne pas retourner dans leur site de Kigonze et à l’ISP », a déclaré Claude Mateso Mbutchu, notable Lendu et président du GIIPP.
L’organisation exprime également des préoccupations sanitaires, notamment concernant les déplacés bénéficiant d’un suivi dans le cadre de la riposte contre la maladie à virus Ebola.
Le GIIPP indique avoir saisi les autorités provinciales ainsi que les organisations humanitaires afin que toute éventuelle relocalisation tienne compte des besoins essentiels des personnes déplacées, notamment en matière de logement, d’alimentation, de soins de santé et de protection.
Claude Mateso Mbutchu et Me Jean Claude Ngadjole Ateény estiment que la gestion et la sécurisation des sites de déplacés relèvent des services compétents de l’État, avec l’appui des organisations humanitaires.
Ils appellent les autorités et les partenaires humanitaires à prendre les dispositions nécessaires afin d’éviter que les personnes déplacées ne soient exposées à de nouvelles difficultés.
Heri Budjo Joël




