La République démocratique du Congo peut-elle dépasser son rôle de fournisseur de minerais stratégiques pour devenir un véritable acteur de la révolution technologique ? C’est l’une des réflexions soulevées par Mireille Mokeni autour des enjeux de souveraineté numérique et d’intelligence artificielle.
Dans un contexte où l’intelligence artificielle devient un levier majeur de puissance, son impact dépasse largement les gains de productivité. Elle intervient désormais dans la cybersécurité, la protection des infrastructures critiques, les systèmes autonomes de défense et la maîtrise de l’information. Ces évolutions placent également la gouvernance et la régulation de l’intelligence artificielle parmi les nouveaux enjeux stratégiques internationaux.
Pour la RDC et l’Afrique, l’enjeu consiste notamment à ne pas rester de simples utilisateurs de technologies conçues ailleurs. Il s’agit plutôt de développer des capacités locales dans la production, la gouvernance et la sécurisation des données.
Cette ambition passe notamment par la création d’infrastructures numériques locales et le développement de modèles d’intelligence artificielle adaptés aux langues, aux réalités culturelles et aux besoins du continent. L’objectif est de mieux maîtriser les données produites en Afrique et de limiter leur dépendance à des infrastructures étrangères.
Transformer les minerais en levier technologique
La réflexion met également en avant le potentiel des minerais stratégiques de la RDC. Plutôt que de limiter leur exploitation à l’exportation des matières premières, le pays pourrait chercher à négocier davantage de transferts de technologies, de capacités de recherche et d’investissements dans les infrastructures technologiques.
Son potentiel hydroélectrique pourrait également être mobilisé pour soutenir le développement de centres de données, tandis que la formation de compétences locales demeure un enjeu central.
L’adaptation du cadre juridique du numérique, le développement de la recherche et la formation du capital humain pourraient ainsi contribuer à renforcer la position de la RDC dans les débats internationaux sur la gouvernance de l’intelligence artificielle et du numérique.
Le défi pour Kinshasa est donc de transformer ses ressources minières, énergétiques et humaines en capacités technologiques durables, afin de passer progressivement du statut de fournisseur de matières premières à celui d’acteur de l’économie numérique mondiale.
Emmanuel Jedidja




