En Ituri dans le territoire de Djugu, la décision de suspendre les constructions et activités agricoles dans le pâturage collectif de Mandro situé à l’Est de la ville de Bunia, ravive un conflit foncier et coutumier. D’un côté, la chefferie des Bahema Banywagi invoque la nécessité de protéger un espace dont le statut est contesté devant la justice. De l’autre, les Vieux Sages du clan Kasumba dénoncent ce qu’ils présentent comme une gestion abusive des terres et contestent l’autorité du chef de chefferie.
Dans un communiqué officiel daté du 8 septembre 2026, le chef de chefferie, Sa Majesté Yves Kahwa Panga, annonce la suspension, jusqu’à la décision de la justice, de toute activité de construction, d’agriculture ou autre dans le pâturage collectif de Mandro.
La mesure concerne plusieurs villages du groupement Tambaki, notamment Songaki, Jimbi Karbama, Sara, Veru, Sanduki, Lodza, Bahwere, Bangavi et Tchaga. La chefferie demande aux responsables locaux de veiller à l’application de cette décision et prévient que tout contrevenant s’expose à la loi.
Une mesure présentée comme conservatoire
À travers cette décision, l’autorité coutumière affirme vouloir préserver le statu quo en attendant que la justice se prononce sur le différend. Le communiqué ne détaille toutefois pas la nature exacte de la procédure judiciaire évoquée, ni les parties officiellement engagées dans celle-ci. Mais cette décision intervient dans un contexte où le statut et l’utilisation des terres de Mandro font l’objet de contestations.
Le clan Kasumba conteste la gestion des terres
Dans une lettre adressée aux autorités provinciales et nationales, les Vieux Sages du clan Kasumba, présenté dans leur correspondance comme l’un des clans fondateurs et gardiens des coutumes de la région, expriment leur profonde indignation à l’égard du chef de chefferie.
Ils l’accusent notamment de tribalisme, de division, de menaces et de spoliation des terres et ressources dans le village Songaki. Les signataires affirment également que des pâturages auraient été vendus et que des membres du clan Kasumba auraient été écartés de certaines opportunités d’emploi. Ils évoquent aussi des menaces visant leurs biens. Ces accusations, contenues dans une correspondance adressée aux autorités, ne sont pas établies par une décision de justice dans les éléments disponibles.
Songaki : développement résidentiel ou préservation du pâturage ?
Le différend porte également sur l’aménagement du village Songaki. Selon les Vieux Sages du clan Kasumba, une partie du village aurait été destinée à devenir une zone résidentielle dans le cadre d’un accord officiel. Ils reprochent au chef de chefferie de s’opposer à la mise en œuvre de ce développement et de bloquer l’exécution de certains cahiers des charges.
La chefferie, de son côté, maintient sa décision de suspendre les activités dans le périmètre du pâturage collectif de Mandro, dans l’attente d’une clarification judiciaire.
Le fond du problème apparaît ainsi lié à une question centrale : quelles terres relèvent effectivement du pâturage collectif, quelles sont celles destinées à l’habitat et quelles autorités disposent du pouvoir légal de décider de leur affectation ?
Une contestation qui dépasse le seul conflit foncier
Dans leur lettre, les Vieux Sages vont plus loin. Ils contestent également la légitimité du chef Yves Kahwa Panga et demandent aux autorités compétentes d’organiser, selon la loi, la désignation d’un nouveau chef coutumier. Ils sollicitent par ailleurs la mise en place d’un comité de suivi chargé notamment de veiller à l’exécution des cahiers des charges liés au développement de Songaki.
Ces revendications montrent que le dossier ne se limite pas à une simple querelle autour de l’utilisation d’un espace pastoral. Il touche également à la gouvernance coutumière, à la gestion foncière et aux rapports entre communautés locales et autorités traditionnelles.
La justice désormais au centre du dossier
En attendant une éventuelle décision judiciaire, la chefferie des Bahema Banywagi appelle donc à la suspension des activités dans le pâturage de Mandro. De leur côté, les Vieux Sages du clan Kasumba demandent l’intervention des autorités provinciales, judiciaires et sécuritaires pour faire cesser ce qu’ils qualifient de menaces et de pratiques illégales.
Dans un contexte où les conflits fonciers et coutumiers peuvent rapidement devenir des facteurs de tension communautaire en Ituri, la clarification officielle du statut juridique des terres concernées et l’examen contradictoire des accusations formulées apparaissent déterminants.
Pour l’heure, les deux positions restent opposées. La chefferie défend la suspension des activités en attendant la justice ; le clan Kasumba réclame, lui, une intervention des autorités et conteste la gestion ainsi que la légitimité du chef de chefferie.
Le dossier reste donc ouvert, dans l’attente des éléments des autorités judiciaires et administratives compétentes.
Heri Budjo Joël




