Le rapport « Je n’avais jamais vu autant de corps » publié par Amnesty International met en lumière l’un des aspects les plus alarmants du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo : le recrutement et l’utilisation d’enfants par les ADF dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
Des enfants privés d’enfance
À travers plusieurs témoignages d’anciens captifs, l’organisation décrit comment des enfants parfois âgés d’à peine dix ans étaient utilisés comme porteurs, espions, guetteurs ou combattants.
« Nous n’avions pas le droit de jouer », raconte un jeune homme enlevé avant ses 15 ans, résumant l’enfance brisée de nombreux mineurs passés par les camps rebelles.
Selon Amnesty, les victimes interrogées avaient entre 13 et 17 ans au moment de leur enlèvement, certaines ayant passé plusieurs années dans la forêt sous le contrôle du groupe armé.
Endoctrinement et entraînement militaire
Les témoignages décrivent un système d’endoctrinement progressif imposé aux enfants. Une jeune fille raconte qu’après son enlèvement, des femmes du groupe lui ont expliqué qu’elle devait désormais vivre dans la brousse.
« Ils nous ont donné des bâtons pour faire comme si c’était des armes », explique-t-elle.
Les enfants étaient initiés à des pratiques religieuses imposées, entraînés à manipuler des armes et contraints de participer aux tâches quotidiennes des camps. Plusieurs victimes affirment aussi que les ADF attribuaient de nouveaux noms aux enfants recrutés, comme « Ismail » ou « Hassan ».
Des enfants envoyés au front
Une femme restée plus de deux ans en captivité décrit la présence d’enfants soldats lors des entraînements militaires. Selon elle, certains garçons âgés de huit à dix ans étaient envoyés en éclaireurs avant les attaques.
« Pendant ce temps, ils regardaient autour d’eux et revenaient nous dire ce qu’ils avaient vu », témoigne-t-elle.
Le rapport souligne que les enfants étaient également utilisés pour porter des charges, transmettre des messages, cuisiner ou surveiller les environs.
Une réinsertion difficile
Amnesty insiste sur les lourdes conséquences psychologiques et sociales vécues par les enfants ayant quitté les camps des ADF. Plusieurs ONG offrent un accompagnement psychosocial, mais les programmes restent insuffisants face à l’ampleur des besoins.
Certains jeunes affirment que l’aide reçue ne couvre pas leurs besoins essentiels, notamment en matière d’éducation ou d’insertion professionnelle. Amnesty note également que certains enfants libérés ne bénéficient d’aucun suivi spécialisé, les privant d’un soutien psychologique pourtant indispensable.
Un crime dénoncé par les Nations unies
Le rapport rappelle que le recrutement et l’utilisation d’enfants dans les conflits armés constituent de graves violations du droit international humanitaire. Les Nations unies classent régulièrement les ADF parmi les groupes armés responsables d’atteintes graves contre les enfants en RDC.
Face à cette situation, Amnesty appelle les autorités congolaises, les partenaires internationaux et les organisations humanitaires à renforcer les mécanismes de protection de l’enfance et les programmes de réinsertion pour les victimes sorties des camps rebelles.
Heri Budjo Joël




