Le rapport « Je n’avais jamais vu autant de corps » publié par Amnesty International met en lumière les violences sexuelles systématiques commises par les ADF contre les femmes et les jeunes filles enlevées dans l’est de la République démocratique du Congo.
Des femmes réduites à l’esclavage
Amnesty International indique avoir interrogé cinq femmes et deux filles enlevées puis contraintes à des « mariages » forcés avec des combattants. Certaines ont eu des enfants durant leur captivité, tandis qu’une autre a subi une fausse couche après des violences et des conditions extrêmes.
Les survivantes racontent avoir été retenues contre leur volonté dans la brousse pendant des périodes allant de dix-huit mois à quatre ans. Ces pratiques seraient systématiques et utilisées comme récompense pour les combattants. Les Nations unies ont déjà identifié les ADF parmi les groupes armés responsables d’esclavage sexuel en RDC.
« Ils ne m’ont pas demandé mon avis »
Une survivante de 30 ans raconte qu’après son enlèvement, les rebelles lui ont imposé un nouveau nom arabe, un entraînement militaire et des règles religieuses strictes.
« Ils m’ont donné un mari au bout de deux mois. Ils ne m’ont pas demandé mon avis. Tout s’est passé de force », témoigne-t-elle.
Elle explique avoir été contrainte de porter un voile couvrant tout son corps, à l’exception des yeux, et d’accompagner parfois les combattants lors des attaques.
« Je n’avais pas le choix. Si j’avais refusé, je ne sais pas ce qui me serait arrivé », confie-t-elle.
« Si tu refuses, tu seras tuée »
Une autre femme, retenue plus de trois ans, raconte que les nouvelles captives recevaient des consignes claires avant d’être remises aux combattants :
« Si tu refuses, sache que tu seras tuée », leur disait-on.
Séparée de son enfant lors de son enlèvement, elle affirme que les rebelles lui ont ordonné « d’oublier » son fils resté au village. Elle évoque aussi des exécutions destinées à terroriser les captives, dont celle d’une jeune femme accusée d’avoir refusé de se convertir à l’islam.
Des femmes envoyées au combat
Certains témoignages révèlent que des femmes étaient contraintes de participer aux attaques armées. Une survivante raconte avoir dû porter son enfant sur le dos tout en prenant part aux opérations :
« Nous prenions notre arme et allions au front », explique-t-elle.
Selon elle, les femmes recevaient une formation militaire et étaient parfois équipées de mitrailleuses lors des assauts.
Crimes de guerre et crimes contre l’humanité
Amnesty International estime que les mariages forcés, l’esclavage sexuel, les violences sexuelles, les grossesses imposées et les traitements infligés aux captives constituent de graves violations du droit international humanitaire. Ces actes peuvent être qualifiés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
L’organisation appelle les autorités congolaises et leurs partenaires internationaux à renforcer la protection des femmes et des filles dans les zones touchées, ainsi qu’à améliorer la prise en charge médicale, psychologique et sociale des survivantes.
Heri Budjo Joël




