Le territoire de Mambasa, en Ituri, est au cœur d’une vive controverse opposant l’armée congolaise à certains acteurs locaux, sur fond d’insécurité persistante et de débats autour de la présence de la MONUSCO.
Depuis fin mars, plusieurs villages de Mambasa, situés le long de la RN4, sont attaqués par des hommes armés identifiés comme des rebelles ADF, faisant plusieurs dizaines de morts et causant l’incendie de nombreuses habitations. La MONUSCO n’étant pas encore présente dans cette zone, une équipe de reconnaissance de la Mission, en coordination avec les FARDC, a été déployée le mardi 7 avril à Mambasa afin d’évaluer la situation et de contribuer aux efforts visant à mieux protéger les populations civiles et à renforcer la stabilité dans la région.
« La MONUSCO ne peut pas rester inactive face à cette situation. Ce déploiement s’inscrit dans le cadre normal de la mise en œuvre de son mandat, en appui aux efforts de protection des civils dans une zone où la situation sécuritaire demeure extrêmement préoccupante », a expliqué Jean-Tobie Okala, chef des communications stratégiques et de l’information publique de la MONUSCO à Bunia.
Cependant, la délégation, pourtant officiellement mandatée par les autorités militaires de Bunia (Ituri) et de Beni (Nord-Kivu), a été empêchée d’accéder au centre de Mambasa par un groupe de jeunes.
Dans une déclaration ferme, le porte-parole des opérations militaires en Ituri, le lieutenant Jules Ngongo, a appelé la jeunesse de Mambasa à « ouvrir les yeux » face à ce qu’il qualifie de tentatives de manipulation, visant à s’opposer à la stratégie gouvernementale de restauration de l’autorité de l’État avec l’appui de ses partenaires.
Selon lui, certains individus chercheraient à plonger le territoire dans un « état de non-État » afin de faciliter l’exploitation illicite des ressources naturelles, notamment l’or et le cacao.
L’armée accuse des acteurs sociaux ainsi que certains députés, « en collaboration avec de faux Wazalendo », d’instrumentaliser les jeunes pour s’opposer à la présence de la MONUSCO et aux actions du gouvernement, dans le but de reproduire un scénario similaire à celui observé à Goma, aujourd’hui sous occupation des rebelles du M23.
« Leur objectif est de prendre le contrôle de Mambasa, d’y installer l’insécurité et d’exploiter illicitement les minerais. Voilà pourquoi ils s’opposent à la présence de la MONUSCO, qu’ils considèrent comme un témoin gênant », a-t-il affirmé, tout en mettant en garde contre toute tentative de déstabilisation. Il prévient que les auteurs de ces actes sont identifiés et s’exposent à la rigueur de la loi ainsi qu’à une intervention militaire.
Ces accusations ont toutefois suscité une vive réaction de la société civile locale. Par la voix de son représentant, Mungeni Yuma Imurani, celle-ci rejette fermement toute implication dans un quelconque projet de déstabilisation et d’exploitation illicite des minerais. Elle dénonce des propos « sans preuves » qui risquent, selon elle, de fragiliser la confiance entre la population et les autorités de l’état de siège.
« La société civile reste une structure citoyenne engagée dans la promotion de la paix et dans l’accompagnement des actions du gouvernement », a-t-il insisté, tout en réaffirmant son ouverture au dialogue avec la MONUSCO dans un cadre concerté et inclusif.
Dans ce climat tendu, Mambasa apparaît plus que jamais comme un territoire stratégique où se jouent à la fois des enjeux sécuritaires, politiques et économiques majeurs.
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