Dans une analyse approfondie de la situation sécuritaire en Ituri, le professeur de sociologie Pilo Kamaragi met en lumière les causes profondes des violences dans les territoires de Djugu et Mahagi. Selon lui, l’accalmie observée actuellement ne doit pas masquer les manipulations qui alimentent les conflits armés.
Identifier les idéologues des conflits
« Il faut bien identifier les idéologues des conflits de littoralité, en Occident et au Congo », explique-t-il. « Ceux qui programment tout cela, les planificateurs, et ceux qui tirent de gros profits notamment de l’or en Ituri déstabilisent le pays pour créer des conflits soi-disant interethniques ».
Le sociologue insiste sur le fait que les affrontements ne sont pas communautaires :
« Est-ce que les Alur se battent contre les Walendu ? Non. Et vice-versa. Ce sont les groupes armés manipulés par des acteurs extérieurs. Qui les fournit en armes ? Comment se ravitaillent-ils ? ».
L’accalmie relative et les distractions
Pour Pilo Kamaragi, les efforts de dialogue et les rencontres organisées à Aru ou Nairobi peuvent donner une fausse impression de stabilité.
« Ce n’est pas les efforts de dialogue qui expliquent cette accalmie, c’est de distraire le peuple. Les gens se retrouvent dans ces rencontres, ils parlent, ils mangent, et puis ils repartent ».
Il estime qu’il est essentiel de comprendre « les causes profondes et les bailleurs des conflits », afin d’éviter de rester manipulés par les idéologues et planificateurs des violences.
Appel à l’intégration territoriale et à la connaissance locale
Le sociologue insiste sur le rôle des autorités locales dans le rétablissement de la paix :
« Les chefs coutumiers, les chefs de village et de groupement doivent connaître leur population et les armes présentes. Ce n’est pas au gouverneur ou au ministre de l’Intérieur, mais au capitaine du village de savoir quelles familles sont impliquées dans les groupes armés ».
Il appelle également à une intégration territoriale complète : « L’administration territoriale doit résider sur place. Par exemple, l’AT de Djugu doit organiser des réunions avec tous les chefs de localité, comme à l’époque coloniale. Cette intégration est meilleure pour comprendre et prévenir les conflits ».
Comprendre pour agir
Pour le professeur Kamaragi, les massacres et la violence en Ituri ne peuvent être résolus sans une analyse en profondeur des causes et des planificateurs.
« Nous devons aller dans les fonds de coopération des phénomènes sociaux, analyser les origines profondes des conflits et intégrer pleinement l’administration territoriale pour une vraie paix », conclut-il.
Heri Budjo Joël



