Vingt-deux ans après les violences qui ont durablement affecté la localité de Katoto, dans le groupement de Lubangire (territoire de Djugu), la communauté franchit un pas décisif vers la reconstruction et la réconciliation. La remise officielle d’une salle polyvalente commémorative marque une étape majeure dans ce processus, en tant que symbole de paix, de cohésion sociale et de réparation collective.
Située au nord de Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, Katoto a longtemps vécu au rythme de l’insécurité et des conflits communautaires. Pour ses habitants, cette infrastructure représente aujourd’hui un signe concret de résilience communautaire. Lors de la cérémonie inaugurale, le chef de la chefferie de Bahema Nord a souligné la forte portée symbolique de l’ouvrage.
« Nous avons traversé de grandes souffrances. Aujourd’hui, les résultats sont visibles. Cette salle incarne la paix et la cohabitation entre les communautés. Nous rejetons la guerre et appelons chacun à s’engager pour la construction de la paix », a déclaré Pilo Mulindro, exhortant la population à préserver cet acquis.
Une réponse aux attentes des victimes
Pour les habitants de Katoto, et particulièrement pour les femmes, la salle polyvalente se veut un espace de mémoire, de réconfort et de rassemblement. S’exprimant au nom des femmes de la localité, Rogeline Dhimbe a salué cette initiative porteuse d’espoir.
« Nous remercions pour cette salle qui symbolise la paix, l’amour et la reconstruction. Après tant d’années de souffrance, elle contribuera à apaiser nos cœurs. C’est un souvenir fort pour nous et un cadre de rencontres en faveur de la réconciliation », a-t-elle confié.
Une réparation collective soutenue par la CPI
Le chef d’antenne de l’Observatoire des droits humains (ODH), Nathanaël Muzi, a rappelé que la construction de cette salle s’inscrit dans le cadre du Programme de réparations collectives, mis en œuvre à la suite de la condamnation de Thomas Lubanga Dyilo et Bosco Ntaganda par la Cour pénale internationale (CPI). Ce programme est exécuté par le Fonds au profit des victimes, en partenariat avec le consortium des ONG AMAB-ODH.
Ce projet vise à renforcer les efforts déjà engagés pour réparer les préjudices psychologiques subis par les victimes de l’enrôlement, de la conscription et de l’utilisation d’enfants de moins de 15 ans dans les hostilités ayant touché l’Ituri entre 2002 et 2003.
Selon lui, le choix d’une salle polyvalente résulte d’une décision communautaire visant à doter la localité d’un espace favorisant la cohésion sociale et la mémoire collective. Des infrastructures similaires ont également été construites à Mahagi, Rwampara et Tchomia.

Un engagement pour la non-répétition des violences
Au-delà de son usage pratique, la salle véhicule un message fort : ne plus revivre les atrocités du passé. « Elle symbolise la reconnaissance des souffrances endurées par les victimes, mais aussi la paix et la réconciliation. Elle engage les communautés à vivre ensemble afin que ces violences ne se reproduisent plus », a insisté Nathanaël Muzi.
Il a par ailleurs invité la population à faire un usage responsable de cette infrastructure, conformément aux objectifs des fonds de réparation, tout en annonçant la poursuite des travaux restants avant la remise définitive à la communauté.
L’appel à la paix des autorités provinciales
Présente à la cérémonie, Jeanne Alasha, conseillère du gouverneur de l’Ituri en charge du genre, a rappelé que les victimes continuent de subir les conséquences physiques, psychologiques, sociales et économiques des violences passées.
« Réparer est nécessaire, mais cela ne suffit pas. L’essentiel est de vivre en paix afin de ne plus avoir à réparer demain », a-t-elle déclaré, saluant les efforts du gouvernement provincial en faveur de solutions durables à l’insécurité.
Les autorités provinciales ont réaffirmé que la pacification de l’Ituri repose également sur des initiatives communautaires de mémoire, de dialogue et de reconstruction sociale, en complément des réponses sécuritaires.
Joël Heri Budjo




