L’année 2025 s’achève en Ituri sur un constat paradoxal : une baisse relative des violences armées, mais une insécurité quotidienne toujours omniprésente. C’est le bilan dressé par la coordination provinciale de la Société civile Forces vives de l’Ituri, qui alerte sur des avancées fragiles, des abus persistants et une gouvernance en crise.
Une accalmie militaire en demi-teinte
L’émergence, en 2025, de la rébellion CRP (Convention pour la Révolution Populaire) a poussé les Forces armées de la RDC (FARDC) à intensifier leurs opérations dans plusieurs zones de la province. Ces interventions ont permis la récupération d’armes, la neutralisation de combattants et la reddition de plusieurs éléments.
Si ces actions ont contribué à une réduction des attaques directes contre les civils, la société civile déplore que certaines opérations aient visé des sites de déplacés à Bunia et dans le territoire d’Irumu. Par ailleurs, des groupes armés comme la CODECO continuent d’opérer sans subir de pression équivalente.
Des violences qui changent de forme
Les affrontements armés se sont raréfiés, mais les violences persistent sous d’autres formes : tracasseries, rançonnement aux barrières, assassinats, violences sexuelles et incendies de maisons. À Djugu, plusieurs jeunes ont été injustement assimilés à des membres de la CRP, selon les organisations locales.
Un incident particulièrement grave a marqué l’année : le largage de bombes par un hélicoptère blanc dans le groupement Dhego (chefferie des Bahema Badjere, territoire de Djugu), causant la mort de quatre civils, dont une fillette grièvement mutilée. Aucune communication officielle n’a encore éclairci les circonstances de cette opération.
Infrastructures religieuses et civiles ciblées
Des attaques ont visé plusieurs infrastructures de l’Église catholique, notamment la paroisse de Lopa, le Grand Séminaire et la Propédeutique de Mudzi-Maria, causant d’importants dégâts matériels. Ces actes sont attribués à des miliciens de la CODECO et à des individus non identifiés.
Le banditisme urbain s’est également intensifié à Bunia et dans certaines zones rurales. Les vols à main armée et la prolifération de barrières de contrôle entravent la libre circulation, surtout en soirée.
Une crise humanitaire durable
Depuis près de huit ans, l’Ituri fait face à des déplacements massifs. Des milliers de personnes vivent encore dans des camps, tandis que de nombreux enfants errent dans les rues. La société civile déplore une aide humanitaire insuffisante, en partie à cause de la concentration des efforts sur le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
Justice et gouvernance sous tension
L’impunité reste un problème majeur. La société civile dénonce des arrestations ciblées d’opérateurs économiques, fondées sur des rapports d’experts internationaux, alors que les auteurs présumés de massacres dans des sites de déplacés à Tali Singo, Djangi, Djaiba, Kpandroma, Pimbo, Nyamamba et Komanda n’ont pas été inquiétés.
Services publics et infrastructures en question
La desserte en électricité à Bunia suscite de vives critiques. La gestion du courant par la société Green Tech, via la SOKIMO, est accusée d’avoir fait grimper les tarifs sans amélioration notable du service, pénalisant particulièrement les petits commerçants.
Sur le plan des infrastructures, la province souffre toujours de routes dégradées et de ponts effondrés dans les territoires de Mambasa, Mahagi et Irumu. La société civile salue néanmoins les efforts de modernisation de certaines voiries urbaines à Bunia, tout en appelant à un meilleur contrôle de la qualité des travaux.
Des espoirs mesurés pour 2026
Malgré ce tableau sombre, la Société civile Forces vives de l’Ituri souligne le potentiel humain et agricole de la province. Elle appelle à une prise de conscience collective, à la cohésion sociale, au respect des droits humains et à un engagement réel des autorités pour sortir de la crise.
Pour les populations ituriennes, l’enjeu reste le même : transformer l’accalmie militaire en une paix durable, propice au retour des déplacés, à la relance économique et à la restauration de la confiance entre l’État et les citoyens.
Heri Budjo Joël




