Le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a réaffirmé avec fermeté sa position lors de l’ouverture du 2ᵉ Congrès extraordinaire de l’Union sacrée de la nation, tenu le samedi 30 août 2025.
« Aucun dialogue politique ne tiendra sans mon initiative », a-t-il lancé, insistant sur le fait que ces discussions doivent se dérouler exclusivement entre congolais et non être dictées de l’extérieur.
Tshisekedi, « homme de dialogue » mais opposé aux médiations étrangères
Le chef de l’État se présente comme un « homme de dialogue », un instrument pour « rassembler les Congolais autour d’un idéal commun ».
Cependant, il a posé une limite claire :
« Je ne me laisserai pas distraire par des initiatives de dialogue qui se tiennent à l’extérieur du pays. Les Congolais n’ont pas besoin de facilitateur. »
Cette déclaration traduit une volonté nette de rejeter toute ingérence étrangère dans la gestion de la crise politique et sécuritaire qui secoue la RDC.
Entre contradictions et réalités diplomatiques
Pourtant, les faits démontrent une réalité plus nuancée. Ces derniers mois, plusieurs dialogues ont émergé hors des frontières congolaises :
À Washington, des pourparlers ont été facilités par les autorités américaines pour apaiser les tensions entre la RDC et le Rwanda.
À Doha, au Qatar, des négociations entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23/AFC se déroulent sous médiation internationale.
Tshisekedi lui-même a reconnu que ces initiatives étaient des « dynamiques impulsées par des pays amis, soucieux de voir la RDC vivre en paix ».
Cette posture paradoxale interroge : d’un côté, un rejet catégorique des dialogues extérieurs, de l’autre, une acceptation tacite de certains processus diplomatiques.
Quid des initiatives régionales : SADC et EAC
La SADC et la Communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC) ont désigné des facilitateurs pour accompagner le processus de paix en RDC. Ces derniers ont multiplié les contacts avec divers acteurs politiques, y compris ceux en exil.
Mais la fermeté de Tshisekedi face aux « facilitateurs extérieurs » pourrait réduire leur marge d’action et fragiliser la dynamique régionale.
Sur le plan interne, la CENCO (Église catholique) et l’ECC (Églises protestantes) continuent de plaider en faveur d’un dialogue inclusif, sans grand écho auprès du pouvoir. De son côté, l’opposant Martin Fayulu réclame lui aussi, à maintes reprises, une concertation nationale, mais ses appels restent lettre morte.
Un choix de souveraineté aux conséquences multiples
En verrouillant toute initiative de dialogue à son autorité personnelle, Tshisekedi cherche à se poser en garant de la souveraineté nationale. Cette stratégie peut renforcer son image auprès de sa base politique, mais elle comporte plusieurs risques :
- Isolement diplomatique vis-à-vis des partenaires régionaux et internationaux.
- Méfiances accrue de l’opposition et de la société civile congolaise, qui réclament une ouverture politique
- 3. Affaiblissement des processus en cours (Doha, Washington, SADC, EAC, UA), susceptibles de perdre en crédibilité et en efficacité.
Le chef de l’État parie sur une gestion exclusivement interne de la crise. Reste à savoir si la RDC dispose, seule, de la capacité d’organiser un dialogue inclusif et crédible, capable d’apporter les réponses attendues à la crise sécuritaire et politique qui mine le pays.
Rédaction




