« Système à renverser, Constitution violée » : un discours choc qui secoue le pouvoir
Depuis Goma, capitale du Nord-Kivu occupée par les rebelles du M23 depuis janvier 2025, Joseph Kabila est sorti de sa réserve médiatique à travers une interview accordée à Hubert Leclercq de La Libre Belgique, rendue publique le 23 mars 2026.
Un entretien au ton offensif, marqué par des critiques directes contre le pouvoir en place et une vision tranchée de l’avenir de la République démocratique du Congo.
Une fracture totale avec Félix Tshisekedi
Pour l’ancien chef de l’État, toute possibilité de collaboration avec Félix Tshisekedi appartient désormais au passé. Il évoque une rupture profonde, aussi bien politique qu’institutionnelle.
Revenant sur l’accord de 2019 entre le FCC et CACH, il rappelle : « Tshisekedi ne pouvait gouverner sans cette majorité… ». Avant de dénoncer ce qu’il considère comme un reniement : « Ils ont juré qu’il n’y avait jamais eu d’accord. Malheureusement pour eux, il n’y a qu’une seule copie, et je l’ai gardée parce que je savais que si je leur donnais, cela se retrouverait immédiatement sur les réseaux sociaux.»
Goma, entre symbole et stratégie
Sa présence à Goma, dans une zone sous tension marquée par la présence de AFC/M23, ne relève pas du hasard. Kabila assume pleinement ce choix.
« Goma, c’est chez moi… être en contact avec tous les Congolais est une mission. »
Il accuse le pouvoir de privilégier une logique de confrontation, qu’il juge dangereuse pour l’unité nationale.
Une Constitution « ignorée »
Sur le plan institutionnel, le constat est sévère. Kabila estime que la Constitution n’est plus respectée depuis plusieurs années.
« Quelle Constitution ? Elle est ignorée depuis 2019. »
Face aux projets de révision, il met en garde : « Ce tripatouillage est extrêmement dangereux. »
Cependant à Kinshasa, la révision ou le changement de la Constitution n’est plus un secret, des proches de Félix Tshisekedi en parlent publiquement.
Une crise aux allures de dérive majeure
L’ancien président de la RDC ne mâche pas ses mots et décrit une situation préoccupante.
« Beaucoup évoquent la balkanisation, moi je parle de la soudanisation de la crise en RDC. Il y a des points communs entre ce que traverse notre pays et ce qui a amené l’implosion du Soudan. »
Une comparaison lourde de sens, qui traduit selon lui un risque réel de fragmentation du pays si la situation actuelle perdure.
Un appel clair à la mobilisation
Au-delà du diagnostic, Joseph Kabila appelle à une réaction collective: « Il faut mettre fin à cette dictature… mobiliser tous les Congolais. »
Il s’appuie sur la Constitution elle-même :
« L’article 64 donne ce pouvoir au peuple. »
La Belgique pointée du doigt
Kabila critique également le positionnement de la Belgique, qu’il juge de moins en moins crédible: « Elle est en train de se disqualifier…»
Tout en saluant certaines initiatives :
« La Belgique doit se ressaisir et je constate que chez vous, il y a des gens qui sont conscients de tout ça. Ils essaient petit à petit de corriger le tir. Je veux aussi dire bravo à la justice belge qui s’intéresse au rôle néfaste de nombreux citoyens belges au Congo. Mais la Belgique a aussi cette capacité de se remettre en cause. C’est en tout cas ce que je souhaite. »
Katanga : entre influence et unité nationale
Sur la question du Katanga, l’ancien président se veut rassurant. Il écarte toute tentation séparatiste, tout en reconnaissant son poids stratégique dans l’équilibre politique nationale.
Vers un bouleversement politique ?
En guise de conclusion, Joseph Kabila plaide pour une refonte en profondeur du système politique congolais.
« Un balayage complet du système est nécessaire. »
Au-delà des mots, c’est l’idée d’un changement structurel qui est avancée : renouvellement des élites, refonte de la gouvernance et reconstruction de la confiance entre dirigeants et citoyens.
Jonas Mukonkole



