Le Groupe d’experts des Nations unies affirme que les relations entre Joseph Kabila et l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) se sont nettement renforcées au cours de l’année 2025.
D’après le rapport, communiqué le 8 mai 2026 au Comité du Conseil de
sécurité, qui l’a examiné le 5 juin 2026, l’ancien président de la République démocratique du Congo s’est rendu à plusieurs reprises dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23 à partir de mai 2025, où il a rencontré les principaux responsables du mouvement. Quelques mois plus tard, en septembre 2025, la Haute Cour militaire l’a condamné à mort par contumace pour trahison, organisation d’une insurrection et collaboration présumée avec la rébellion.
Les experts onusiens révèlent également qu’une profonde réorganisation de l’AFC/M23 était en préparation lors de la rédaction du rapport. Celle-ci comprendrait un changement de nom et une nouvelle architecture de commandement dans laquelle Joseph Kabila pourrait exercer des responsabilités de premier plan.
Selon les auteurs du document, cette visibilité accrue de l’ancien président contribuerait à soutenir le discours présentant l’AFC/M23 comme un mouvement essentiellement congolais, tout en reléguant au second plan le rôle attribué au Rwanda. Le rapport réaffirme que les dirigeants politiques et militaires de l’AFC/M23 continueraient de recevoir des orientations ainsi qu’un appui des autorités rwandaises et de leurs services de renseignement.
Le document revient également sur l’entretien accordé par Joseph Kabila à Goma, publié le 23 mars, au cours duquel il a réitéré son opposition au pouvoir de Kinshasa. Sa plateforme politique, « Sauvons la RDC », a par ailleurs appelé à un soulèvement populaire en faveur d’un changement de régime, une position que les experts estiment conforme aux objectifs poursuivis par l’AFC/M23.
Le rapport met aussi en lumière l’influence grandissante de Moïse Nyarugabo, proche collaborateur de Joseph Kabila. Celui-ci est présenté comme un intermédiaire de premier plan entre l’ancien président, les dirigeants de l’AFC/M23 et le mouvement Twirwaneho. Son passé au sein du RCD-Goma lui aurait permis de conserver des liens étroits avec plusieurs figures de la rébellion, dont Sultani Makenga et Bernard Byamungu.
Sur le plan interne, les experts décrivent un mouvement traversé par de fortes tensions. Si Sultani Makenga conserve le commandement militaire et que Corneille Nangaa ainsi que Bertrand Bisimwa demeurent à la tête de la branche politique, des divergences persistent sur la stratégie à adopter. Certains responsables politiques ambitionneraient une prise de pouvoir à Kinshasa, tandis qu’une partie des chefs militaires s’opposerait à l’extension des opérations au-delà du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Enfin, le rapport évoque des rivalités autour du contrôle des ressources ainsi que des frustrations internes liées à un traitement jugé favorable à certains officiers et combattants tutsis, des facteurs qui continuent d’alimenter les divisions au sein de l’AFC/M23.
La Rédaction
