L’aire de santé de Lanyi, située dans la zone de santé d’Angumu en chefferie des Mokambo, territoire de Mahagi (Ituri), enregistre un taux de natalité jugé alarmant. Ce constat a été révélé par Uyergiu Maditrwoth, infirmier titulaire du centre de santé de Lanyi, après l’analyse des accouchements réalisés en décembre 2025 et janvier 2026.
Une hausse liée à la gratuité de la maternité
« Au mois de décembre 2025, nous avons enregistré 86 cas d’accouchement. En janvier 2026, nous sommes revenus à 63 cas. Ce chiffre reste largement supérieur au seuil moyen d’environ quarante accouchements par mois », explique l’infirmier.
Il attribue cette hausse à l’appui de l’ONG Première Urgence Internationale, qui prend en charge la maternité et distribue gratuitement pagnes, seaux, kits d’accouchement, barres de savon et autres équipements hygiéniques.
« Ce sont ces aides qui motivent les femmes à venir nombreuses à la maternité, alors qu’avant elles préféraient accoucher à domicile », précise-t-il.
Maditrwoth appelle la communauté à continuer de fréquenter la structure sanitaire même après le départ du partenaire. « D’ici peu, Première Urgence Internationale mettra fin à son contrat dans la zone de santé d’Angumu. Notre souci est qu’après son départ, les femmes continuent à nous fréquenter normalement. L’accouchement à domicile comporte trop de risques », insiste-t-il.
Les hypothèses du professeur Kakura validées
Cette situation semble confirmer les analyses du professeur Baudouin Kakura, docteur en psychologie et enseignant à l’université de Bunia. Dans son ouvrage Surpopulation et conflit social, catastrophes imminentes en territoire de Mahagi, il identifie plusieurs facteurs psycho-sociologiques expliquant la surpopulation : taille élevée des ménages, fécondité durable, manque d’information sur le planning familial, croyances religieuses, traditions, mariages précoces, polygamie, attachement à la terre ancestrale et faible esprit d’aventure.
Selon lui, la croissance démographique entraîne une hausse des besoins en énergie, nourriture et services, générant des tensions sociales et environnementales. Il propose plusieurs pistes :
- Conscientisation par les églises, services d’état civil, radios et ONG ;
- Information et formation pour lutter contre l’ignorance ;
- Implantation des services de planning familial pour conseiller les jeunes et les couples ;
- Promotion de l’éducation à la vie, notamment par les méthodes traditionnelles (contes, légendes, initiations) ;
- Glissement des populations vers d’autres régions pour réduire la pression démographique.
Le professeur Kakura avertit : « Dans dix ans, si toutes les mesures préconisées ne sont pas mises en application, les catastrophes humanitaires, sociales et économiques frapperont gravement le territoire de Mahagi. »
Jean Maurice Udaga
