La Convention pour la Révolution Populaire (CRP), mouvement armé dirigé par Thomas Lubanga, connaît une phase de déclin en Ituri. Sous l’effet de la pression militaire, des redditions successives et des défections internes, le groupe rebelle perd progressivement du terrain. Parmi les anciens membres figure Kabagambe Ismaël Manu, ex-combattant désormais engagé dans un processus de réinsertion.
« Nous mourions pour des choses que nous ne comprenions même pas »
Récemment sorti de la brousse, Kabagambe décrit les conditions de vie au sein du mouvement armé :
« Je rends grâce à Dieu car je suis sorti vivant. Beaucoup de nos collègues sont morts lors des affrontements entre la CRP et les FARDC. D’autres ont été blessés et évacués en Ouganda pour recevoir des soins. Nous nous battions pour les intérêts de Thomas Lubanga, et nous mourions pour des causes que nous ne comprenions absolument pas. »
Selon lui, l’objectif de la CRP de s’emparer de l’Ituri est une chimère :
« Prendre l’Ituri est un rêve utopique. Je demande à mes frères restés dans la brousse de quitter ce groupe inutile, et à ceux qui le soutiennent d’arrêter cette pratique. »
L’ex-combattant évoque également les conditions matérielles précaires :
« Dans le mouvement, on nous payait 20 000 francs congolais. J’ai perdu mon temps pour rien. C’est pourquoi j’ai décidé de partir et de reprendre mes activités pour reconstruire mon avenir. »
Aujourd’hui, Kabagambe fait partie des bénéficiaires du programme de réinsertion communautaire financé par la MONUSCO, dans le cadre du Programme national de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRC-S), mis en œuvre par le gouvernement congolais.
Ce projet vise à :
- renforcer le dialogue communautaire,
- former les bénéficiaires à la production d’aliments nutritifs pour poissons à Tchomia, chef-lieu de la chefferie de Bahema Badjere,
- construire une unité de production sur un terrain de 120 m x 60 m offert par la chefferie,
- impliquer les bénéficiaires dans la réhabilitation des routes de desserte agricole selon la méthode HIMO (Haute Intensité de Main d’Œuvre).
Au total, 311 ex-combattants et 622 membres de la communauté participent à ce programme, qui vise à promouvoir leur autonomisation et à renforcer la stabilité locale. Le projet a été officiellement lancé le jeudi 27 novembre 2025 par les autorités provinciales, suscitant un véritable espoir au sein des communautés longtemps éprouvées par les violences armées.
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