Lors d’un échange avec les membres du réseau des intellectuels de l’Ituri, ce mercredi 29 avril 2026 à Bunia, Maître Fidele Andera, membre de l’ASBL Ubuntu Pana Africa, a livré une réflexion sans détour sur les défis liés à la paix et à la sécurité en République démocratique du Congo. Il a exhorté les participants à dépasser les discours convenus et à faire preuve de “courage intellectuel pour oser la différence”. Selon lui, être intellectuel ne se limite pas à détenir des diplômes, mais implique la capacité de comprendre les enjeux et d’agir.
Au cœur de son intervention, il a posé une question fondamentale : “La paix et la sécurité peuvent-elles réellement être offertes ?” Sa réponse est catégorique : non. Pour lui, ni la MONUSCO ni les institutions nationales n’ont réussi à instaurer une paix durable. “La paix ne se donne pas, elle se construit”, a-t-il insisté, invitant chaque citoyen à s’interroger sur sa propre contribution.
Les sept piliers de la sécurité
Maître Andera a présenté les sept piliers indispensables à la paix : la sécurité individuelle, institutionnelle, économique, alimentaire, sanitaire, climatique et culturelle. Sans ces bases, toute quête de paix reste illusoire. Il a illustré ses propos par des exemples concrets, tels que la pandémie de Covid-19 pour la sécurité sanitaire ou les difficultés d’accès à l’emploi pour la sécurité économique.
Un mariage civilo-militaire
L’orateur a plaidé pour une collaboration étroite entre civils et forces de défense, qu’il qualifie de “mariage civilo-militaire”. Il a rappelé que les militaires sont issus de la société et a interpellé particulièrement les femmes congolaises, les appelant à jouer un rôle clé dans la construction de la sécurité nationale, notamment par l’éducation des enfants et leur engagement éventuel dans l’armée. “Toute vie passe par la femme”, a-t-il affirmé, soulignant son rôle stratégique dans la survie de la nation.
Démographie et culture comme armes stratégiques
Il a également mis en avant la démographie comme facteur de résilience, citant l’exemple du Rwanda après le génocide de 1994. Sur le plan culturel, il a insisté sur l’importance de la langue comme pilier identitaire. “L’abandon des langues locales constitue un risque pour la survie d’un peuple”, a-t-il averti, appelant à une valorisation des langues nationales face à l’influence des langues étrangères.
Patriotisme et responsabilité collective
Critiquant le manque de patriotisme et certains comportements assimilés à de la trahison interne, Maître Andera a rappelé qu’“aucune armée ne peut réussir sans l’appui de sa population”. Il a rejeté l’attentisme religieux, estimant que la prière seule ne suffit pas sans engagement concret. Pour lui, la responsabilité individuelle et collective est la clé pour relever les défis sécuritaires.
Un appel pressant
En conclusion, il a dénoncé la croyance selon laquelle la communauté internationale pourrait sauver la RDC. “Chaque peuple doit assurer sa propre défense”, a-t-il martelé, mettant en garde contre une dépendance excessive à l’aide extérieure. Il a lancé un appel pressant à un réveil des consciences, exhortant les Congolais à s’engager activement pour construire leur propre sécurité, condition essentielle d’une paix durable et d’un véritable développement national.
Eugène Laro




