En République démocratique du Congo, le député national Gratien de Saint Nicolas Iracan, élu de Bunia, relance sa mission d’enquête parlementaire sur les violences ciblant la communauté Hema dans le territoire de Djugu, province de l’Ituri. Les témoignages récents, notamment celui d’un rescapé identifié sous le nom de T pour des raisons de sécurité, révèlent un cycle de massacres, de disparitions forcées et d’accusations infondées, perpétrés sous le régime de l’état de siège censé protéger les populations.
Selon T, l’attaque survenue en juin 2025 à Nizi a fait huit morts et plusieurs disparus. Ce soir-là, vers 19h15, une quinzaine d’hommes vêtus de « treillis aux couleurs des Forces armées de la RDC (FARDC) » ont surgi près du marché. Sans sommation, ils ont ouvert le feu. Une cliente, qui venait de quitter les lieux, a été abattue sur-le-champ. T, gérant d’un établissement local, a tenté de se réfugier mais a été blessé aux orteils. À terre, sonné, il affirme avoir entendu les assaillants s’exprimer d’abord dans une langue locale, puis en lingala.
Ce drame s’inscrit dans une série d’attaques similaires. T évoque notamment un précédent, survenu à la même heure, où un enfant avait été retrouvé égorgé. Malgré la gravité des faits, aucune enquête officielle n’a été ouverte et aucune assistance de l’État n’a été apportée. Seule l’ONG Médecins Sans Frontières lui a fourni des soins d’urgence.
Pour le député Iracan, ce témoignage illustre une tendance inquiétante : « la communauté Hema est systématiquement assimilée à la CRP de l’ex-chef de guerre Thomas Lubanga, et subit des massacres dans un climat d’impunité ». Des observateurs locaux et des représentants de l’Église catholique accusent certains éléments des FARDC de collusion avec les miliciens CODECO, ce qui, si confirmé, constituerait une violation grave du droit international humanitaire.
« La peur et la psychose ont remplacé la vie normale », alerte l’élu de Bunia. « Même travailler est devenu impossible. » Il appelle à la mise en place d’une enquête internationale indépendante, au renforcement immédiat de la protection des civils et à la poursuite judiciaire des responsables présumés.
La relance de cette enquête parlementaire vise à documenter les preuves, établir les responsabilités et porter la situation de l’Ituri devant les instances nationales et internationales compétentes.
Heri Budjo Joël
