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Visibilité Média Pro > Toute l’actualité > Figure > Ituri : les ADF imposent des taxes aux agriculteurs pour accéder à leurs champs
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Ituri : les ADF imposent des taxes aux agriculteurs pour accéder à leurs champs

Dernière mise à jour: le 20/10/2026 à 16:10
20 octobre 2026
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9 minutes de lecture
Vue aérienne de l’un des villages du territoire d’Irumu. Photo : Visibilité Média Pro, mai 2025.

Dans les territoires de Mambasa et d’Irumu, en province de l’Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), des agriculteurs affirment être contraints de payer des taxes imposées par les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) pour accéder à leurs champs et exercer leurs activités. Ces paiements sont matérialisés par des jetons présentés comme des preuves de paiement permettant de circuler sans être inquiété. Selon plusieurs témoignages recueillis, ceux qui refusent de se soumettre à ces exigences s’exposent à de graves représailles.

Résumé du contenu
Jusqu’à 30 dollars par hectare de cacaoDes agriculteurs pris entre les rebelles et les forces de sécuritéUne situation qui nourrit la confusionLa même pratique signalée dans la forêt de Walese-VonkutuUne économie agricole prise en otage

Cette pratique est notamment signalée dans les chefferies de Babila-Bakwanza et de Babila-Babombi, en territoire de Mambasa, ainsi que dans celle de Walese-Vonkutu, en territoire d’Irumu. Pour certains cultivateurs, les travaux champêtres et la récolte du cacao sont désormais indissociables du paiement de taxes imposées par les groupes armés.

Jusqu’à 30 dollars par hectare de cacao

La Nouvelle Société civile du territoire de Mambasa affirme que cette pratique ne se limite pas à quelques cas isolés.

Selon son président, Jospin Paluku, les agriculteurs doivent payer pour obtenir un jeton leur permettant d’accéder à leurs champs et d’y travailler.

« Chaque jeton coûte 10 dollars par agriculteur. Et pour chaque hectare de cacao, ces rebelles exigent également 30 dollars, à payer chaque mois », affirme-t-il.

Le refus de payer exposerait les cultivateurs à des représailles mortelles.

« Si tu ne paies pas, cela signifie, selon eux, que tu es insoumis et, d’après leurs propres règles, la sanction est la mort », ajoute Jospin Paluku.

Un agriculteur ayant requis l’anonymat confirme que les cultivateurs doivent s’acquitter de différentes sommes pour accéder à leurs champs.

« Nous sommes soumis aux taxes instaurées par les rebelles ADF. Après paiement, ils nous remettent des jetons comme preuve de paiement. Avec ce jeton, tu es libre de circuler et de travailler tranquillement. S’ils te trouvent sans jeton, cela signifie que tu n’as pas payé leur taxe et c’est la mort », témoigne-t-il.

D’après ce cultivateur, les montants exigés varient entre 10 000 francs congolais et 50 dollars américains, notamment pendant la période de récolte du cacao.

« Nous sommes obligés de payer ces taxes pour avoir accès à nos champs, sinon nous n’avons aucun autre moyen de vivre », explique-t-il.

Des agriculteurs pris entre les rebelles et les forces de sécurité

Selon le même témoignage, les rebelles chercheraient également à faciliter leurs échanges avec les populations locales grâce à des combattants capables de s’exprimer dans différentes langues.

« Ils viennent nous parler et, parmi eux, il y a des personnes qui maîtrisent différentes langues afin de faciliter la communication », poursuit l’agriculteur.

Cette situation place les cultivateurs dans une position délicate vis-à-vis des forces de sécurité. Certains hésiteraient à signaler la présence des rebelles par crainte d’être assimilés à leurs collaborateurs ou d’être exposés à des risques supplémentaires.

« Parfois, nous dénonçons leur présence aux militaires, mais malheureusement, soit on nous assimile à leurs collaborateurs, soit les militaires nous demandent de les guider en leur montrant par où ces rebelles sont passés, ce qui met notre sécurité en danger. Alors, bien souvent, nous préférons nous taire », affirme-t-il.

Ces témoignages illustrent les difficultés auxquelles sont confrontées les populations civiles dans les zones affectées par les activités des ADF, responsables de nombreuses attaques contre les civils dans la région de Beni, au Nord-Kivu, ainsi que dans les territoires d’Irumu et de Mambasa, en Ituri.

Pour la seule année 2026, la société civile fait état d’un lourd bilan humain attribué à ces rebelles.

« Nous avons enregistré plus de 200 personnes tuées par les ADF depuis janvier 2026, avec d’importants dégâts matériels », indique Muhindo Mamboro.

Ce responsable relève toutefois une évolution particulière dans certaines zones de la chefferie de Babila-Bakwanza, où les attaques seraient actuellement moins fréquentes.

Une situation qui nourrit la confusion

Cette évolution contraste avec la situation observée dans la chefferie voisine de Babila-Babombi, selon Muhindo Mamboro Peresi, responsable de la Nouvelle Société civile de cette entité.

D’après lui, les réalités sécuritaires varient fortement d’une zone à une autre.

« Dans la chefferie de Babila-Babombi, où ces taxes n’existent pas et où opèrent pourtant plusieurs groupes armés dits patriotes Wazalendo, les attaques sont beaucoup plus nombreuses », affirme-t-il.

Cette différence alimente l’incompréhension au sein de la population, confrontée à diverses formes de violence et de contrôle territorial.

« Cela crée une véritable confusion au sein de la population », souligne-t-il.

La même pratique signalée dans la forêt de Walese-Vonkutu

Le phénomène est également signalé plus au sud, dans le territoire d’Irumu.

Dans la chefferie de Walese-Vonkutu, l’acteur de la société civile Léon Undemutau affirme que des personnes auraient été attaquées dans les profondeurs de la forêt après y avoir accédé sans avoir payé les taxes exigées par les ADF.

« Cette pratique est devenue obligatoire pour ceux qui se rendent dans la forêt. Si tu n’as pas le jeton, c’est difficile d’accéder dans la forêt », explique-t-il.

Il appelle néanmoins les habitants à ne pas collaborer avec les groupes armés et à signaler leur présence aux autorités compétentes.

« Nous demandons à la population de ne pas être complice et de dénoncer ces rebelles », insiste-t-il.

Selon la Nouvelle Société civile de Babila-Babombi, les rebelles chercheraient à étendre la collecte de ces taxes à d’autres zones de la région. Dans les secteurs où les populations refusent de payer, les attaques seraient utilisées pour semer la terreur, selon les acteurs locaux.

Cette situation place les habitants, dont les principales activités sont l’agriculture et l’exploitation artisanale de l’or, dans une impasse économique et sécuritaire.

En juillet dernier, dans une interview accordée à Visibilité Média Pro, l’administrateur du territoire de Mambasa, le colonel Matadi Muyapandi, avait reconnu l’existence de taxes imposées par des rebelles, sans fournir davantage de détails.

L’autorité territoriale avait alors assuré que les forces de défense et de sécurité étaient mobilisées pour traquer les rebelles et leurs complices, tout en appelant la population à collaborer avec elles.

Une économie agricole prise en otage

Pour les cultivateurs interrogés, le problème dépasse la simple question des taxes. Il touche directement leur capacité à accéder à leurs champs, à produire et à subvenir aux besoins de leurs familles.

« Nous pensions que le gouvernement allait nous aider à mettre fin aux activités de ces rebelles, mais nous constatons le contraire. Jusqu’à quand allons-nous attendre, pendant que nos enfants meurent de faim ? », s’interroge un agriculteur.

À travers ces différents témoignages se dessine le portrait d’une population rurale prise entre la nécessité de poursuivre ses activités agricoles et les risques liés à la présence de groupes armés dans les zones de production.

Dans les territoires de Mambasa et d’Irumu, l’accès aux espaces agricoles constitue ainsi un enjeu majeur de sécurité et de survie économique pour les cultivateurs, notamment ceux qui dépendent de la production du cacao pour assurer les besoins de leurs familles.

La Rédaction

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SUJET: ADF, Babila Babombi, Babila-Bakwanza, cacao, Irumu, Ituri, Jospin Paluku, Mambasa, Matadi Muyapandi, Rançonnement, Walese-Vonkutu

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admin 20 octobre 2026 20 octobre 2026
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