Dans le territoire de Mahagi en Ituri, particulièrement dans les zones lacustres de Wagungu et Mokambo, les femmes, y compris enceintes et allaitantes mènent une vie de labeur intense. Jour et nuit, elles parcourent les ruelles, de lourds fardeaux sur la tête, un enfant au dos, souvent pieds nus ou chaussées de sandales usées.
Sur le terrain, plusieurs témoignages recueillis révèlent une réalité complexe. Certaines évoquent un effort commun au sein du foyer : les hommes aux champs, les femmes actives au bord du Lac Albert pour assurer la survie familiale. D’autres pointent l’appauvrissement des sols et les difficultés économiques qui les obligent à se tourner vers de petits commerces dans les camps de pêche.
Dans des localités comme Kolokoto, Mahagi-Port ou encore Chaka, ces femmes vendent des produits de première nécessité: farine de manioc, canne à sucre, patates douces, fruits, huile de palme acheminés depuis les hauts plateaux.
« Ici, c’est notre quotidien. Il est difficile de faire le champ car le sol ne produit plus assez. Nous devons soutenir nos maris et prendre en charge la famille », témoignent-elles.
Mais cette quête de survie se fait au prix de nombreux risques. Travaillant souvent la nuit, ces femmes sont exposées à des violences, notamment des vols et agressions. Certaines affirment avoir déjà échappé à des embuscades, tandis que d’autres évoquent des accouchements sur la route dans des conditions précaires.
À ces dangers s’ajoutent des difficultés majeures : taxes élevées, tracasseries sur les routes, pertes de marchandises, conditions de vie déplorables. L’éloignement familial pousse parfois certaines à des choix à risque, avec des conséquences sociales et sanitaires préoccupantes.
Face à cette situation, plusieurs pistes sont évoquées : soutenir les familles vulnérables, améliorer les conditions agricoles, alléger les taxes, réhabiliter les routes et renforcer les mécanismes de protection contre les violences basées sur le genre.
Dans ces zones lacustres, ces femmes incarnent aujourd’hui le combat quotidien pour la survie, entre courage, précarité et manque d’encadrement.
Jean Maurice Udaga




