Cinq ans après la proclamation de l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri par l’ordonnance n°21/015 du 3 mai 2021, le bilan reste contrasté. Destinée à restaurer la paix, rétablir l’autorité de l’État et neutraliser les groupes armés, cette mesure exceptionnelle continue de susciter débats et interrogations sur son efficacité réelle dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Administration réaffirmée
Selon l’analyste indépendant et journaliste, Sadiki Abubakar, le fonctionnement administratif en Ituri s’est globalement stabilisé. La majorité des administrateurs de territoires exercent désormais leurs fonctions sur place, traduisant une présence plus visible de l’État.
Cependant, certaines zones de Djugu et de Mambasa restent marquées par l’insécurité, contraignant des autorités locales à se déplacer. Malgré ces difficultés, l’auteur souligne une amélioration notable par rapport aux années précédentes, où plusieurs entités échappaient totalement au contrôle de l’État.
Recettes publiques en hausse
Sur le plan économique, les recettes provinciales ont connu une progression significative. La Direction provinciale des recettes de l’Ituri (DGRPI) rapporte une hausse d’au moins 26 milliards de francs congolais en 2021 à plus de 70 milliards en 2025, contre seulement 10 milliards en 2019 et 18 milliards en 2020. Cette évolution traduit une mobilisation accrue des recettes publiques, malgré un contexte sécuritaire fragile.
Sécurité en progrès
L’état de siège a été instauré dans un climat de violences extrêmes, notamment celles de la CODECO, du groupe Zaïre et de la FPIC. Cinq ans plus tard, leur capacité de nuisance a été réduite grâce aux opérations militaires et aux initiatives de paix, soutenues par la MONUSCO. Certaines zones critiques comme Marabo, Fataki, Bule ou Tchomia connaissent un retour progressif au calme. Bunia, la capitale provinciale, bénéficie depuis deux ans d’une stabilité durable et d’un développement infrastructurel visible.
Défis humanitaires persistants
Malgré ces avancées, la crise humanitaire demeure préoccupante. Des milliers de déplacés internes vivent encore dans des conditions précaires, dépendant de familles d’accueil elles-mêmes fragilisées.
Menaces sécuritaires
Le territoire de Mambasa reste exposé à l’activisme des Forces démocratiques alliées (ADF), dont les incursions s’étendent dans plusieurs chefferies. Des incursions sporadiques en provenance de pays voisins, notamment dans le territoire d’Aru, sont également signalées.
Vers une paix durable
Pour le journaliste Sadiki Abubakar, l’état de siège en Ituri présente un bilan optimiste : restauration progressive de l’autorité de l’État et relance économique, mais défis sécuritaires et humanitaires persistants. Il appelle les autorités à renforcer les efforts militaires et civils, accélérer le retour des déplacés et consolider la relation civilo-militaire.
L’enjeu majeur reste la transformation de cette accalmie relative en une paix durable, condition essentielle au développement de la province.
Heri Budjo Joël




