Alors que l’épidémie d’Ébola progresse dans l’est de la République démocratique du Congo, l’Agence des Nations unies pour la santé sexuelle et reproductive (UNFPA) met en garde contre une conséquence indirecte mais préoccupante : de nombreuses femmes enceintes évitent désormais les structures sanitaires par crainte de contracter le virus.
Dans un communiqué publié vendredi, l’UNFPA indique que plus de 350 cas confirmés ont été enregistrés au cours des deux dernières semaines. Face à cette situation, l’organisation a activé une réponse d’urgence de niveau 3 (L3), le plus haut degré d’intervention.
Selon les équipes déployées sur le terrain, la peur de la contamination pousse certaines femmes à accoucher à domicile, loin des soins médicaux indispensables en cas de complications. Une tendance qui pourrait entraîner une hausse des décès maternels et néonatals dans les zones touchées. « Nous ne pouvons pas permettre qu’une épidémie d’Ébola déclenche une épidémie silencieuse de décès maternels évitables », a déclaré Lydia Zigomo, appelant à garantir aux femmes enceintes un accès sûr et continu aux services de santé.
L’UNFPA souligne que l’épidémie perturbe fortement les services de santé sexuelle et reproductive. Dans plusieurs structures, les ressources humaines et matérielles sont mobilisées pour la riposte contre Ébola, limitant l’accès aux soins obstétricaux d’urgence, aux consultations postnatales et aux services de planification familiale.
Environ 37 800 femmes enceintes vivant dans les zones d’intervention en Ituri sont directement exposées aux conséquences de cette perturbation. À l’échelle nationale, plus de 642 000 femmes en âge de procréer se trouvent dans les zones concernées.
Autre sujet d’inquiétude : les difficultés d’approvisionnement en équipements de protection individuelle adaptés aux maternités. L’UNFPA rappelle que des failles dans la prévention et le contrôle des infections ont déjà été observées au Centre Médical Évangélique de Nyakunde, où plusieurs agents de santé ont été contaminés, entraînant quatre décès.
La situation est aggravée par la circulation de la souche Bundibugyo du virus Ébola, pour laquelle aucun vaccin homologué à grande échelle n’est disponible. Les efforts se concentrent donc sur la prévention, la sensibilisation communautaire et la protection du personnel de santé.
Pour maintenir les services essentiels, l’UNFPA déploie des sages-femmes, fournit des kits de santé reproductive et des équipements de protection, tout en renforçant les activités de sensibilisation dans les communautés. L’agence intervient dans 29 zones de santé en RDC, dont 13 en Ituri et 16 au Nord-Kivu, ainsi qu’en Ouganda.
Cependant, l’organisation prévient que les ressources financières restent insuffisantes : sur un besoin estimé entre 15 et 20 millions de dollars américains d’ici novembre, seuls 2,8 millions ont été mobilisés. L’UNFPA appelle les partenaires nationaux et internationaux à renforcer leur soutien afin de préserver les services de santé maternelle et reproductive, essentiels pour protéger la vie des femmes et des nouveau-nés dans les zones affectées.
Heri Budjo Joël




