Le débat autour de la tenue d’un nouveau dialogue intercongolais continue de diviser la classe sociopolitique congolaise. Invité dans une émission radiophonique consacrée au bilan de l’année à Beni, dans le Nord-Kivu, Maître Fidel Andera, analyste des questions sécuritaires et chef de projet , wapijiwe langu kwa usalama wa mashariki ya kongo et chargé de programme de « Ubuntu Panafrika asbl », a exprimé de vives réserves quant à l’opportunité d’un tel processus dans le contexte actuel.
Selon lui, certains acteurs politiques se réclamant de l’opposition serviraient en réalité les intérêts d’un pays voisin, en l’occurrence le Rwanda.
« Il ne suffit pas d’être Congolais pour participer à un dialogue censé résoudre les problèmes du Congo. Certains portent déjà le maillot du Rwanda », a-t-il dénoncé.
Maître Fidel a salué la prudence du Président de la République, qui a jusqu’ici évité de s’engager dans un dialogue initié par certaines structures religieuses. Il estime qu’un tel processus, mal encadré, risquerait de réunir autour de la table des « représentants des intérêts étrangers », compromettant ainsi la souveraineté nationale.
« Toute initiative de concertation devrait d’abord garantir une représentativité exclusivement congolaise afin de raisonner pour le Congo et défendre le Congo », a-t-il insisté.
L’analyste s’est également montré critique envers la posture de l’Église catholique, qui milite pour un dialogue national. Selon l’analyste, les récentes prises de position de certains prélats montrent un parti pris pro-Rwanda, disqualifiant l’Église catholique comme médiatrice du dialogue.
Il juge problématique l’insistance de la hiérarchie ecclésiastique à inclure certains leaders politiques traditionnels comme Joseph Kabila.
« Kabila n’est pas la lumière du pays. Le Congo a existé avant lui et continuera d’exister après lui », a-t-il déclaré, estimant que la réussite d’un dialogue ne saurait dépendre de la présence d’anciens dirigeants.
Selon lui, la médiation de l’Église catholique est perçue comme inappropriée, comparable à celle du Rwanda. Les propos d’Ambongo et d’autres évêques rejoignent ceux de l’évêque rwandais affirmant que Dieu leur a donné Masisi.
Il a par ailleurs condamné une déclaration attribuée à un prélat de Goma, qui aurait salué une prétendue paix instaurée par le M23 dans certaines zones sous leur contrôle.
« Le M23 n’apporte pas la paix, mais la peur, la terreur et le deuil. Confondre peur et paix, c’est une insulte aux Congolais qui souffrent », a-t-il martelé.
Concernant la société civile, Maître Fidel a reconnu que certaines actions passées, telles que les villes mortes ou les manifestations violentes, ont contribué à fragiliser l’État et l’économie. Il appelle désormais à un «mariage civilo-militaire» basé sur la collaboration entre citoyens, autorités et forces de défense.
« Il est temps de réfléchir avec nos propres têtes, pas selon les rapports de l’ONU ou les informations de radios étrangères. Nous devons agir par nous-mêmes pour nous-mêmes », a-t-il plaidé.
Pour Ubuntu Panafrika asbl, le Congo doit concevoir un modèle endogène de gouvernance et de résolution des crises, fondé sur sa propre culture politique.
« Nous sommes Congolais, fiers de l’être. Nos coutumes valorisent déjà l’unité, la justice et la protection de la vie. Nous devons cesser de croire que les solutions viendront de l’extérieur », a-t-il conclu.
Eugène Laro
