Ce lundi 22 septembre 2025, le Conseil provincial de la jeunesse de l’Ituri a réuni les jeunes de Bunia dans le cadre d’un dialogue pour la paix et la cohésion sociale. L’événement, organisé en partenariat avec l’ONG internationale Alert et le projet Nashiriki kwa masikilizano, financé par l’Union européenne, s’inscrit dans le prolongement de la Journée internationale de la paix, célébrée la veille.
« Nous avions souhaité que cette activité se tienne aujourd’hui afin que la jeunesse de l’Ituri, qui a réellement besoin de paix, puisse une fois de plus se réunir et réfléchir», a expliqué Deogratias Bungamuzi, président du Conseil provincial des jeunes.
La rencontre a permis aux jeunes des quartiers nord de Bunia Muzipela, Kasegwa, Bigo, Ndibé, Saïo de dialoguer avec ceux du sud, notamment de Delé,Kindia, Hoho. Une initiative née d’un constat préoccupant : la faible interaction entre ces zones.
E« Nous avons constaté que, dans la plupart des cas, les jeunes des quartiers nord ont souvent du mal à fréquenter ceux du sud », a souligné M. Bungamuzi. L’objectif est clair : encourager une fréquentation mutuelle, sans crainte ni stigmatisation.
Des jeunes dits « influents », souvent marginalisés ou perçus comme instigateurs de désordre, ont également été conviés. Pour Bungamuzi, leur implication est essentielle :
« Ce sont ces jeunes qui consomment du cannabis, qui fréquentent les centres de consommation de drogue. Ce sont eux qui, lorsqu’ils passent, donnent des mots d’ordre de perturbation, mais cette fois, ils ont été invités à la table des discussions pour devenir ambassadeurs de la paix. »
La question de la mobilité urbaine a également été abordée. Les chauffeurs de taxi-moto et les opérateurs du service Translux ont exprimé leurs difficultés à desservir certains quartiers, en raison de tensions communautaires.
« Certains quartiers des communes de Nyakasanza et de Shari ont montré une agressivité envers ce transporteur ; pourtant, il représente une forme d’allègement du coût social pour la population », a précisé Bungamuzi.
Des recommandations ont été formulées pour améliorer l’accès et renforcer la confiance entre les communautés.
A la suite d’un incident survenu à Beni le 17 septembre, un échange d’expériences entre les jeunes de l’Ituri et du Nord-Kivu est en cours de préparation. Objectif : prévenir les conflits et renforcer la résilience face aux menaces sécuritaires communes.
« Nous sommes tous sous la menace des ADF. La menace est identique et permanente au même moment », a rappelé Bungamuzi, appelant à une union des forces pour restaurer l’autorité de l’État.
Malgré les défis, le Conseil provincial croit en la capacité des jeunes à transformer leur environnement.
« Aujourd’hui, la jeunesse de l’Ituri est une jeunesse résiliente. On ne pourra jamais répondre à la violence par la violence. Il faut se parler », a-t-il conclu.
Ce dialogue marque une étape importante dans la construction d’une paix durable à Bunia et dans toute la province. Les jeunes repartent porteurs d’un message fort : la paix est l’affaire de tous, et elle commence par le dialogue.
Pour l’ONG internationale Alert, cette rencontre s’inscrit dans le cadre du soutien institutionnel à la jeunesse, notamment à travers le groupe des jeunes ambassadeurs pour la paix et la cohésion sociale de Bunia.
L’organisation espère que cette initiative marquera un tournant :
« En quittant ces lieux, nous voulons que les stéréotypes et les conflits qui nous divisent appartiennent au passé. Ensemble, nous pouvons construire une ville unie et en paix. »
Une démarche qui rappelle que les jeunes, souvent les plus exposés aux tensions, sont aussi les mieux placés pour incarner le changement.
Eugène Laro




