
Dans une ambiance chargée d’émotion et d’espoir, neuf jeunes filles déplacées du camp de Salama à Gbanday, en ville de Bunia, ont reçu leurs brevets de fin de formation ainsi que neuf machines à coudre gratuites pour poursuivre leur autonomisation. Ces dons ont été remis par Compassion Ministry ASBL, ce lundi 30 juin 2025, à l’issue d’une formation professionnelle de sept mois.
Initialement, 23 participantes avaient entamé la formation, mais plusieurs ont dû abandonner en raison des conditions de vie difficiles. Autrefois appelées « filles mères », ces bénéficiaires portent désormais le nom de “filles de la grâce”, symbole d’un renouveau.
M. Bruno Hassane Kangamina, chef du bureau du plan urbain de Bunia, s’est exprimé avec force :
> « Ces filles étaient plongées dans le coma de la vie. Notre présence était indispensable pour les accompagner moralement et encourager d’autres jeunes sans emploi à suivre ce modèle. »
L’appui du ministère du Plan s’inscrit dans une logique de développement communautaire durable. Pour M. Kangamina, cette formation est un levier de dignité et appelle à une mobilisation collective.
Il a également interpellé les acteurs économiques :
> « Il ne s’agit pas de distribuer l’argent comme des cacahuètes. Il faut entreprendre des actions concrètes pour soutenir la communauté. »
Un plaidoyer pour une culture du don actif et pour des investissements sociaux pérennes, la coupe-couture étant selon lui une filière transformatrice.
Parmi les bénéficiaires, Babika Mumaka Irène, déplacée, a témoigné avec émotion :
> « Je suis heureuse. Nous avons été formées pendant six mois, et nous sommes satisfaites de tout ce que nous avons appris : la couture, la pâtisserie, le soin corporel et Compassion Ministry nous a doté chacune de nous d’une machine en coudre ce qui fait que nous allons nous prendre en charge toute notre vie continuant ce métier de couturière… »
Elle incarne la fierté retrouvée d’une jeunesse longtemps marginalisée.
Madame Merry, membre clé de Compassion Ministry, a expliqué les motivations de cette mission :
> « Ces jeunes filles, souvent déplacées, violées, abandonnées, sont perçues comme des pécheresses. Nous avons voulu changer ce regard. »
Sans appui extérieur, l’organisation a misé sur ses propres ressources, guidée par la foi et la compassion. L’accompagnement est global : counselling psychologique, soutien spirituel et encadrement technique.
> « Avoir un enfant jeune ne signifie pas que tout est perdu. Il y a encore la vie après. La société doit le reconnaître et leur tendre la main », insiste Mme Merry.
La cérémonie de remise des brevets est bien plus qu’un acte symbolique : elle reconnaît un parcours de résilience. Les “filles de la grâce” deviennent le reflet d’une société qui choisit d’inclure plutôt que d’exclure, de construire plutôt que de condamner.
Eugène Laro
