Depuis plusieurs semaines, la ville de Beni traverse une crise énergétique sans précédent. Les pénuries de carburant s’y généralisent, paralysant l’économie locale et compliquant le quotidien des habitants. En toile de fond, un bras de fer oppose les importateurs de produits pétroliers à la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA), perturbant l’approvisionnement et faisant grimper les prix.
Près de 60 camions-citernes venus d’Afrique de l’Est sont immobilisés aux abords de la ville, conséquence directe du désaccord entre les opérateurs économiques et la DGDA. Cette situation a provoqué une explosion des prix à la pompe : le litre d’essence, qui se vendait à 3 400 francs congolais, atteint désormais entre 5 000 et 6 000 francs chez les vendeurs informels, surnommés « Kadafi« . Le transport urbain subit également l’impact : une course à moto autrefois facturée 1 000 francs peut coûter jusqu’à 3 000 francs congolais aujourd’hui.
Eugène Kambale Matembela, président de l’Association congolaise des commissionnaires agréés en douane à Beni, indique que des négociations sont en cours avec les autorités pour tenter de désamorcer la crise.
Pour Eugène Matembela Kakule, ce genre de perturbation est récurrent :
« À chaque fois que la structure de prix est révisée, les opérateurs rencontrent des difficultés à s’y conformer », explique-t-il. Ces ajustements, publiés en fin de mois ou tous les deux à trois mois, entraînent souvent des déséquilibres dans la chaîne logistique.
Une confusion a notamment éclaté au sein de la brigade Antoine, où un montant de 5 000 dollars sur un total de 11 000 est évoqué. Pourtant, affirme Kakule, aucune trace de ce chiffre n’existe dans le système Sidonie, la plateforme officielle de gestion douanière.
« Le respect strict de la structure tarifaire publiée est impératif. Tout tarif appliqué hors cadre constitue une violation de la réglementation », avertit-il.
Kakule rappelle par ailleurs la nécessité de l’implication des pouvoirs publics pour restaurer l’ordre :
« Lorsque l’État fixe un tarif, celui-ci n’est pas négociable », martèle-t-il. Il appelle à une intensification des efforts de sensibilisation des opérateurs afin qu’ils appliquent scrupuleusement les prix réglementés.
Face à l’inquiétude croissante de la population, le douanier en appelle au calme :
«Beni : crise pétrolière entre blocages douaniers et flambée des prix Les solutions doivent venir du gouvernement. La mission des douaniers est uniquement d’appliquer les décisions tarifaires », souligne-t-il.
Alors que la ville tente de retrouver une stabilité énergétique, les regards se tournent vers la nécessité d’une réforme claire et concertée de la tarification pétrolière. En attendant, les habitants doivent composer avec la rareté du carburant et la flambée des prix, dans un contexte où chaque litre devient un bien précieux.
Eugène Laro
